N°129 – Le génie des costumiers célébré au musée

 

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Rencontre avec Manouche Lehartel, muséologue, commissaire de l’exposition La danse des costumes au Musée de Tahiti et des îles. Texte : Élodie Largenton.

 

C’est un hommage à la danse, au génie des costumiers et des chefs de groupe, et à la nature polynésienne qui fournit les matériaux indispensables à leur confection : le Musée de Tahiti et des Iles présente une nouvelle édition de l’exposition La danse des costumes, du 26 juin 2018 au 13 janvier 2019.

 

Le rendez-vous est attendu des passionnés de danse et de traditions artisanales : l’exposition La danse des costumes revient pour la troisième fois au Musée de Tahiti et des îles. Environ 70 pièces des années 1930 jusqu’à aujourd’hui pourront être admirées de près. Ce sera l’occasion de se replonger dans l’ambiance des Heiva passés, de se souvenir des danseurs qui ont fait vibrer le public dans ces costumes, de se rappeler d’une histoire racontée à To’ata ou à Vaiete. « Le Heiva, c’est magnifique, c’est génial, mais éphémère ! C’est beaucoup d’efforts, beaucoup de travail à tous les niveaux pour une heure de spectacle. Tout ce qui va rester, des années plus tard, c’est le costume entré dans les collections du musée », souligne la commissaire de l’exposition.

Les chefs de groupe sont des artisans d’exception

Pour cette nouvelle mouture de l’exposition, elle a souhaité mettre davantage l’accent sur la fabrication et la composition des costumes et moins sur les thèmes des spectacles auxquels ils sont rattachés. La sélection n’est pas qu’esthétique, car elle souhaite « que la collection montrée témoigne du génie des costumiers : ils utilisent tous les mêmes coquillages, les mêmes graines, les mêmes fibres et vont tous se fournir en plumes de couleurs dans les mêmes magasins, et pourtant, quand on regarde tous ces costumes, on n’a pas d’impression d’uniformité ». L’exposition permettra de se rendre compte de la créativité et du talent des chefs de groupe du Heiva, qui sont « parmi les plus talentueux et productifs artisans du fenua », estime Manouche Lehartel.

La nature polynésienne fournit la matière première, mais il n’est pas toujours simple de se la procurer. « L’année dernière, c’était un ‘petit’ Heiva avec relativement peu de groupes de danse inscrits et pourtant, juste avant le début du concours, un groupe a appelé plusieurs chefs de groupe pour avoir des more rouge », se souvient Manouche Lehartel. Cette année, les groupes sont nombreux à se présenter et il risque d’y avoir de nouveaux problèmes d’approvisionnement. D’autant que s’il y a quarante ans, les groupes gagnaient avec 25 danseurs, le règlement impose aujourd’hui un minimum de 60 danseurs sur scène. Se procurer toute cette matière première « a un coût, aussi », fait remarquer la commissaire de l’exposition.

Des costumes créés avant tout pour la scène

À chaque Heiva, les costumiers relèvent donc le défi de composer des ensembles pour des troupes toujours plus grandes, avec une contrainte : que les danseurs puissent s’exprimer pleinement. C’est un costume de danse créé pour la scène. Le jury attend d’ailleurs d’avoir vu toutes les soirées de concours pour se décider, même s’il observe de près les costumes lors de l’audition des groupes. « J’ai déjà vu un costume avoir tous les suffrages du jury et ne pas résister à l’expérience de la soirée de concours, où un grand nombre de coiffes est tombé – dans ce cas, ce n’est plus un costume de danse », raconte Manouche Lehartel. C’est dans cet esprit aussi que l’exposition est conçue, elle ne se contente pas de présenter uniquement les costumes. Des recherches et la collaboration bienveillante des photographes et des télévisions ont été nécessaires pour retrouver des photos et des vidéos où l’on voit les costumes portés par les danseurs, dans les conditions du spectacle.

Cette exposition sera aussi l’occasion d’admirer le travail de conservation et de restauration du musée, qui a hérité des costumes recueillis dans un premier temps par l’organisateur de l’événement, aujourd’hui la Maison de la culture. Depuis 2002, le groupe qui se voit décerner le prix du plus beau costume doit en effet remettre un exemplaire destiné au Musée. Manouche Lehartel complète cette collection en sollicitant des costumes dont les matériaux ou les modèles « sortent de l’ordinaire ». C’est l’assurance, pour ces groupes, de laisser une trace de leur spectacle.

 

 

Pratique

Du 26 juin 2018 au 13 janvier 2019

Musée de Tahiti et des îles

Du mardi au dimanche, 9h – 17h

Entrée : 800 Fcfp

+ d’infos : 40 54 84 35, www.museetahiti.pf

 

 

Le souci du détail de Tamarii Anuhi no Pueu

« C’est une autre vision du costume de ‘ori tahiti », raconte Manouche Lehartel. Dans les années 1990, ce groupe de la Presqu’île a remporté deux fois le prix du plus beau costume du Heiva et un prix spécial du jury « pour sa contribution à la sauvegarde et à la valorisation de notre patrimoine culturel ». Tous les costumes du groupe dirigé par Stella Lehartel, qui a longtemps œuvré dans l’artisanat et même présidé le comité des artisans de Polynésie, étaient faits entièrement à la main et avec des matériaux du terroir. « Pas une seule plume n’a été achetée, tous les coqs du district de Pueu ont été mis à contribution, les danseurs ont ramassé les ma’oa du récif, sillonné les vallées à la recherche des graines de couleur. Le tapa dentelle, le tapa épais, le more (fibre de purau), les fibres de mautini (potiron)… tout a été recueilli sur place et travaillé avec le savoir-faire des artisans traditionnels. Et seules des teintures naturelles ont été utilisées ! » ajoute Manouche Lehartel. Un travail conséquent et minutieux, dont il était difficile de prendre la mesure depuis les gradins de Vaiete. Un espace sera dédié à Tamarii Anuhi no Pueu dans l’exposition, afin d’apprécier les détails et l’ingéniosité de ses costumiers.

 

 

Le costume flamboyant de Tamariki Poerani, grand prix 2017

Le grand costume du groupe de Makau Foster a ébloui la scène de To’ata, l’an dernier. Jaune flamboyant, sans fioritures superflues, mais avec des coiffes très élaborées, il a permis à Tamariki Poerani de recevoir le 1er prix Joseph Uura, celui du plus beau costume. Il sera visible dans l’exposition au sein d’un espace dédié au groupe, qui est l’un de ceux « qui a les plus beaux costumes, les plus raffinés », estime Manouche Lehartel. Ils sont conçus par Makau et la designer-costumière du groupe, Shelby Hunter. Les danseuses et danseurs sont tenus de fabriquer eux-mêmes leurs costumes. « C’est bien car ils apprennent à tout faire, ainsi le savoir-faire se transmet, et après le Heiva, les danseurs repartent avec leurs costumes », note Manouche Lehartel. L’inconvénient est que ça demande du temps aux uns et aux autres, d’autant qu’il faut surveiller ce que chacun fait pour s’assurer que tous les costumes sont identiques. D’autres chefs de groupe préfèrent organiser une costumerie avec des personnes chargées de confectionner l’ensemble des costumes du spectacle.

 

 

 

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