N°128 – Le Putahi fait escale aux Îles Cook

 

Centre des métiers d’art (CMA) – Pu Ha’api’ira’a toro’a rima’i128 - Culture bouge - Putahi à Tahiti 2017 04 - photo du CMA

Rencontre avec Viri Taimana, directeur du Centre des métiers d’art, Tokai Devatine, professeur d’histoire et de culture polynésiennes au CMA, et Shane Tuaeu Andrew, artiste de Rarotonga. Texte : Élodie Largenton. Photos : CMA.

 

Pour sa sixième édition, le Putahi quitte ses rivages tahitien et néo-zélandais pour Rarotonga. Pendant deux semaines, du 12 au 26 mai, trente-cinq artistes de la région dont des professeurs et des élèves du CMA, vont travailler ensemble autour du thème de la pirogue, en ayant recours aux matériaux qu’ils trouveront sur place.

 

Le Putahi, c’est « deux semaines pendant lesquelles tu ne dors pas, tu te couches à 2h du matin pour te remettre au travail à 4h, tu échanges tout le temps… » : c’est ainsi que Tokai Devatine, professeur au Centre des métiers d’art, décrit ce rassemblement d’artistes océaniens créé en 2010. Deux semaines intenses qui vont se dérouler cette année aux Îles Cook. Comme toujours, le Putahi s’ouvre sur une exposition d’œuvres que les artistes invités emportent dans leurs bagages – « des tableaux, des dessins, des œuvres facilement transportables », précise Tokai Devatine. Puis, en clôture de la manifestation, les créateurs exposent de nouveau, mais cette fois, ce sont les œuvres réalisées sur place qu’ils montrent au public. Il y aura certainement des maquettes de pirogues cette année, puisque les organisateurs ont choisi la navigation traditionnelle comme thème de travail. L’équipe des Îles Cook va aussi inciter les artistes océaniens à composer avec ce qu’ils trouveront sur place, en favorisant les pratiques durables. Les participants peuvent venir avec quelques uns de leurs outils de travail, mais l’idée, c’est que chacun apprenne des autres, qu’il y ait « un échange, un échange de techniques, un échange entre les différents médiums », souligne Tokai Devatine. Certains artistes peuvent d’ailleurs décider de collaborer sur un projet. L’an passé, à Tahiti, un souffleur de verre avait ainsi demandé à un sculpteur de fabriquer le support de son œuvre. Les artistes dialoguent constamment, et pour ça, ils n’ont pas besoin de parler la même langue : « Même si on ne parle pas anglais ou français, on n’arrête pas de parler, parce que quand tu montres, tu n’as pas besoin de mots. Et puis, on a nos langues vernaculaires ; quand Viri parle en pa’umotu, on le comprend, quand des Marquisiens parlent avec des Fidjiens, ils se comprennent », rapporte Tokai Devatine.

Cet échange est ouvert cette année aux scolaires. Chaque pays participant sera mis en relation avec une école locale et les artistes devront présenter leur art aux élèves. La délégation tahitienne ira ainsi au Titikaveka College. Les lycéens pourront aussi se rendre au studio et travailler avec les artistes. « Nos jeunes s’intéressent beaucoup à l’art et il y a de multiples talents qui ont besoin d’inspiration », raconte Shane Tuaeu Andrew, peintre et photographe de Rarotonga, qui a participé au Putahi à Tahiti l’an dernier, et qui fait partie des organisateurs de cette sixième édition. « J’espère que ce partenariat donnera aux élèves la détermination de poursuivre dans cette voie. C’est vital pour la préservation de notre histoire, de nos musiques, nos danses et notre héritage océanien », poursuit-il.

Créer un marché de l’art océanien

D’autres élèves vont profiter de l’expérience : quatre jeunes graveurs du CMA ont été sélectionnés par leurs professeurs pour participer au Putahi. « Ce qu’on cherche, c’est de briser le schéma enseignant-élève, de les mettre dans une position de créateur, ils vont devoir exposer au même titre que les professionnels, dans les mêmes espaces », explique Tokai Devatine. Ces artistes en devenir vont confronter les notions et techniques apprises au centre avec celles de leurs cousins du Pacifique. Le professeur d’histoire et de culture polynésiennes se souvient notamment de ses visites dans des communautés maori lors du premier Putahi en Nouvelle-Zélande, en 2011. « Tous ces regards croisés permettent de mieux se comprendre, mieux se connaître, d’avoir un regard réflexif sur sa propre société », témoigne-t-il.

Le bénéfice d’une telle manifestation est indéniable, la pratique des élèves gagne en qualité et un réseau d’artistes océaniens a été mis en place. C’était l’objectif du CMA, comme le souligne Tokai Devatine : « Il y a la formation des jeunes, mais derrière, il faut organiser une vraie circulation, il faut qu’il y ait des espaces dédiés, un marché à l’échelle de l’Océanie, un réseau nord-sud, de Hawaii à la Nouvelle-Zélande, sans oublier les artistes aborigènes et ceux du détroit de Torrès. » C’est pourquoi le CMA tient à poursuivre ce travail avec le Putahi et profiter de ces fondations pour organiser une première biennale océanienne dans les années à venir.

 

Le Putahi en trois questions

Où ça se passe ?

Pour la première fois, ce n’est ni à Tahiti ni en Nouvelle-Zélande que le Putahi a lieu, mais à Rarotonga. Les expositions auront lieu dans la galerie Bergman, les 15 et 25 mai.

Qui participe ?

De plus en plus de pays prennent part au Putahi. Cette année, il y aura Rarotonga, Tonga, la Nouvelle-Zélande, Hawaii, la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, et probablement les Fidji.

Le CMA envoie huit artistes : quatre professeurs – Viri Taimana, Vaihere Tauraa, Hihirau Vaitoare, Tokai Devatine -, et quatre élèves – Herenui Garbutt, Rava Tchoun Youn Thung Hee, Théo Souverain, et Jean-Luc Yao Chan Cheong.

Quelle sera la suite ?

On sait déjà que les Tonga accueilleront l’édition 2019. Le pari est donc réussi, le Putahi favorise l’ouverture et les échanges dans tout le Pacifique.

 

+ d’infos : www.cma.pf, 40 43 70 51, page Facebook « Centre des métiers d’art de la Polynésie française »

 

 

 

 

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