N126 – Une exposition annuelle attendue

Centre des Métiers d’Art (CMA) – Pu ha’api’ira’a toro’a rima’i Roger TETUIRA

 

Rencontre avec Viri Taimana, directeur du Centre des Métiers d’Art, et Tokai Dovatine, enseignant d’histoire et de culture polynésiennes. Texte SF

 

Chaque année, les enseignants et les anciens élèves du Centre des Métier d’Art exposent leurs plus belles créations. Un moment important dans leur vie d’artiste.

 

Toute au long de l’année, les uns sont occupés à enseigner et transmettre aux élèves leur savoir et savoir-faire, les autres à vendre leurs créations. Tous sont des artistes émérites mais ils ont peu de temps à consacrer à la création d’œuvre inédite. Cette exposition annuelle organisée au Centre des Métiers d’Art est justement l’occasion pour ces créateurs de montrer et partager leur talent et leur vision avec le public. « C’est une manière pour les enseignants de maintenir leur capacité à concevoir, imaginer et entretenir leur créativité, explique Viri Taimana, directeur du centre et artiste, Pour les anciens élèves, c’est aussi une manière de les regrouper pour maintenir un lien avec eux. Au-delà des œuvres réalisées pour vivre, cette exposition permet de les emmener sur un travail qui va compter comme une œuvre personnelle remarquable. C’est un challenge qu’enseignants et anciens élèves doivent relever ». Sculptures, peintures, gravures, vidéos, installations… Du 20 avril au 4 mai, une quinzaine d’artistes va ainsi exposer entre une à deux œuvres de qualité. « On se doit d’être un exemple pour les élèves et le public. On espère susciter chez nos élèves une furieuse envie de se rapprocher de la qualité du travail des enseignants et voir même de les dépasser ».

 

Echanger, partager, se confronter

 

Cette exposition permet à la fois aux enseignants de se mettre en danger face au regard du public et des élèves, et aux anciens élèves de tester leur créativité. Pour relever ce défi artistique, les artistes ont déjà commencé à travailler ensemble. Chaque semaine, ils se rencontrent, discutent et échangent. « Là on est sur une amorce, on se voit pour parler des oeuvres et des thématiques, pour que chacun explique son travail et partage ses connaissances. Ce qui est intéressant, c’est la confrontation de chacun. Cela permet aussi de voir si le sujet des collègues est suffisamment intéressant et comment nous pouvons l’améliorer ou apporter une technique, souligne Viri Taimana qui rappelle l’importance du regard extérieur à son propre travail, Il vaut mieux avoir le regard d’une personne du métier avant de le montrer au public ». Ainsi, chaque artiste a présenté la faisabilité de son projet, les moyens qu’il va mettre et le temps dont il aura besoin pour réaliser son œuvre. Le Centre des Métiers d’Art ne finance pas cette exposition, c’est donc à chacun de trouver les financements pour mener à bien son projet. Chacun doit aussi libérer des moments dans son emploi du temps chargé pour se consacrer à la réalisation de son œuvre.

Le patrimoine au service de l’art contemporain

 

S’il s’agit d’une exposition d’art contemporain, les artistes utilisent néanmoins leur patrimoine culturel. Certains d’entre eux ont profité des vacances de Noël pour faire le tour des archipels et ramener des plantes qui pourront servir à la réalisation de tel ou tel type d’objet. « Nous avons par exemple ramené des plantes des Marquises et des Tuamotu. Nous les distribuons aux anciens élèves et enseignants. Cela nous permet de fabriquer nos œuvres avec ce que nos ancêtres utilisaient, nos supports. S’il n’y a pas de plantes il n’y a pas de culture », explique Tokai Devatine en prenant comme exemple le roa, une plante utilisée autrefois pour servir de fibre afin de faire des fils de pêche. « Ce sont les fibres les plus solides au monde. Et pourtant, on ne les utilise plus, c’est dommage ». Du coup, le Centre des Métiers d’Art a mis en place un laboratoire où élèves, anciens élèves et enseignants se refamiliarisent avec ces matières d’autrefois pour la création de leurs œuvres. Car, comme le rappelle Viri Taimana, le CMA a deux missions : former aux métiers d’art et développer les outils et technique pour les métiers d’art. Cette exposition annuelle sera donc un moment important pour (re)découvrir des outils, des techniques, une qualité de travail et des talents. « Cela nous permettra également de voir qui est capable de rivaliser avec des artistes internationaux et d’exposer à l’extérieur de la Polynésie ». En 2014, suite à cette exposition, certains artistes avaient ainsi pu exposer à la galerie Saatchi de Londres.

 

 

Pratique

 

Du 20 avril au 4 mai au CMA

Entrée libre

 

+ d’infos : secrétariat 40 43 70 51 ou [email protected],

Suivez les événements du CMA sur sa page Facebook : Centre des Métiers d’Art de la Polynésie française.

 

 

 

 

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