N°125 – Le coussin d’alliance, une création originale

 

Service de l’Artisanat Traditionnel (ART) – Pu ‘ohipa rima’iB04A5468

 

Rencontre avec Vainui Barsinas, artisane. Texte et photos : SF

 

Vainui Barsinas met son talent au service des jeunes mariés. Cette artisane de Rapa confectionne des coussins d’alliance aux tressages bien particuliers. Rencontre.

 

Vainui, 38 ans, a de l’or entre les mains. Originaire de Rapa, île éloignée des Australes, elle confectionne des coussins d’alliance pour les jeunes mariés, une création originale et inédite dans laquelle elle s’est lancée depuis peu. Grâce à une formation proposée par le Service de l’Artisanat Traditionnel permettant de professionnaliser les artisans, la créatrice a pu développer son talent au service des clients. Elle a ainsi appris à valoriser ses produits et se mettre en avant. « J’arrive à mieux présenter mes produits, je fais un petit tableau explicatif sur mes œuvres, j’en parle et je retiens le client à ma table », explique Vainui, qui s’est lancée dans l’aventure des évènements de mariage en proposant des tenues de mariées, des bouquets et décorations mais aussi des coussins d’alliance de mariés. Pour cette création en particulier, l’artisane de 38 ans utilise le roseau. S’il en pousse partout en Polynésie française, c’est à Rapa qu’il est particulièrement utilisé pour l’artisanat et le tressage. Une matière qui demande un travail physique et de patience.

 

Le roseau de Rapa

 

Tout commence par la cueillette. Elle débute fin avril et se termine en mai. « On ne trouve les roseaux dans les montagnes de Rapa qu’une fois dans l’année. La cueillette peut être très dangereuse car on monte dans les montagnes, il y a des falaises et le sol est glissant. Et en plus on est en pleine saison des guêpes ! », explique Vainui qui part pour la cueillette toujours accompagnée de quelques amies, histoire de s’entraider si nécessaire. Durant deux à trois semaines, vêtue d’un pull, d’un pantalon et d’un tricot pour se protéger le visage du pollen des roseaux, Vainui arpente les montagnes de son île à la recherche de roseaux. « On part trois jours, on ramasse ce qu’on peut, on fait des blocs, puis on redescend au village pour déposer notre cueillette et se ravitailler avant de repartir dans les montagnes ». Au total, l’artisane ramène entre dix à onze blocs de roseaux par saison. Elle n’utilise pas tout d’un coup, elle en fait congeler une partie pour le reste de l’année afin qu’elle ait suffisamment de matériaux pour créer toute l’année. « Je travaille beaucoup, alors souvent je n’arrive pas à faire une année complète avec mes réserves ». Une fois la cueillette terminée, il faut diviser chaque roseaux en deux et le traiter avec du jus de citron. « On le fait ensuite sécher, mais avec la pluie qui tombe chez nous, on a parfois du mal, cela peut durer 2 à 3 semaines ». Il est étalé dans le jardin au soleil transformant la cour en tapis de roseaux. Après le séchage, Vainui doit les aplatir. Une étape longue mais nécessaire pour le tressage.

 

Le tressage, tout un art

 

A Rapa, plusieurs formes de tressages existent, une cinquantaine selon Vainui dont une dizaine est vraiment maîtrisée. Lorsque ses clientes viennent la voir, elle leur explique quels sont les types de tressage utilisés, elle a même confectionné un petit tableau reprenant les tressages les plus usités. On retrouve ainsi le maneanea à 18 bandes, hua en reo tahiti, le taumipiti (22 hua), varavara (entre 10 ou 12 hua), opuhoe (17 hua avec une boucle), opu ope (8 hua), mao niho (22 hua), opunamuri (13 hua), manua (18 hua), panaono (6 hua), raraa (8 hua), raraa panapae (3 hua). C’est sa maman, artisane elle aussi, qui lui a appris ces multiples tressages. Enfant, elle la regardait faire. « J’ai commencé à tresser à 12 ans, j’ai tellement aimé que je n’ai jamais pu m’arrêter. C’est un don qu’on m’a donné, aujourd’hui je l’exploite et j’en suis fière ». Sur un chapeau, on peut utiliser jusqu’à sept types de tressage, c’est à l’artisane de choisir selon le goût du client. Pour son coussin d’alliance, Vainui a choisi la simplicité et a utilisé trois tressages : opu, varavara et raraa panaporu. Sensible à la beauté et perfectionniste, l’artisane ajoute des pine, des feuillages de roseau, à son coussin d’alliance. « Je les ai travaillées pour que cela devienne de la dentelle. Je fais pourrir les feuilles pendant trois mois, ensuite je les nettoie pour enlever l’odeur et je les blanchis pour obtenir une dentelle naturelle ».

 

Perfectionner et innover

 

L’artisane ne s’arrête pas là. Pour que son coussin d’alliance puisse être parfait, elle confectionne un bouquet de roses à base de tapa de uru et de purau. « Je fais des tiges de liane avec des bouclettes pour représenter la liane. Je la colore avec une teinture naturelle de géranium pour donner une couleur rouge ou rose », explique Vainui. Là, encore, il faut casser le géranium le faire bouillir dans une marmite puis y ajouter le purau, et laisser bouillir toute une matinée. « Après l’avoir égoutté on le fait sécher au soleil à l’abri du vent pour éviter que le purau durcisse ». Au final, il aura fallu pas moins de trois semaines de travail pour confectionner ce coussin d’alliance. De la conception à la finition, ce produit demande un travail minutieux à Vainui. L’artisane cherche toujours de nouvelle idée pour ses créations, elle aime innover et réaliser des objets originaux. « Je me creuse la tête, souvent dès que je touche une fibre, je sais ce que je vais faire avec ». Aujourd’hui, Vainui met son talent et ses créations au service de ses clients, pour leur plus grand bonheur !

 

Pour contacter…

Vainui Barsinas : 89 59 40 71

 

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