N°124 – La double mission du CMA à Rikitea

 

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Rencontre avec Viri Taimana, directeur du Centre des Métiers d’Art, Tokai Devatine et Hihirau Vaitoare, enseignants. Texte : Elodie Largenton

 

Six élèves du Centre des Métiers d’Art accompagnés de deux professeurs, Hihirau Vaitoare et Tokai Devatine, se sont rendus à Rikitea, aux Gambier, du 10 au 17 octobre dernier, pour réaliser des illustrations qui accompagneront les mémoires d’Odile Purue et pour rencontrer et épauler l’équipe du Centre catholique d’Education au Développement.

Une petite semaine pour remplir deux missions bien différentes : c’est ce qui a été proposé, en octobre dernier, à quatre élèves sculpteurs et deux élèves graveurs de troisième année. Accompagnés par deux enseignants, Hihirau Vaitoare et Tokai Devatine, ils ont d’abord travaillé à la réalisation d’aquarelles qui viendront accompagner un texte écrit par Odile Purue, auteure publiant dans Littérama’ohi et qui a récemment participé au spectale Pina’ina’i. « Elle a écrit ses mémoires d’enfance à Rikitea et comme, à part les lettres des missionnaires et un livre de témoignagse personnel et poétique de Paeamara LUCAS, publié au Vent des îles, on a peu d’écrits sur Mangareva et de Mangaréviens sur leurs propres vies, c’était intéressant qu’on publie ce texte », explique Tokai Devatine. Les élèves ont commencé par s’imprégner de ces écrits avant de se rendre à Rikitea et de visiter les sites dont parle Odile Purue, comme les traversières. « Pendant qu’on découvrait les lieux, les élèves les illustraient en aquarelle » raconte Hihirau Vaitoare. Il faut maintenant faire une sélection parmi les 60 œuvres et le centre, qui publiera l’ouvrage, doit aussi travailler avec l’auteure sur la mise en page et les transitions entre les différents chapitres. « Il y a des textes sur des personnes, d’autres sur l’archipel, et il y a des moments beaucoup plus intimes, donc il faut arriver à faire en sorte que l’ensemble soit cohérent, que le lecteur puisse voyager à travers les textes et les illustrations », précise Viri Taimana. Les mémoires d’Odile Purue doivent paraître dans le courant de l’année prochaine.

Répondre aux besoins des jeunes

Les élèves et enseignants du Centre ont profité de leur présence à Rikitea pour rencontrer l’équipe pédagogique du CED, le Centre catholique d’Education au Développement, qui a mis en place à la rentrée le nouveau diplôme CPMA (certificat polynésien des métiers d’art). « Le CED avait besoin d’une assistance technique, les enseignants n’avaient pas l’intégralité du référentiel préparé par le CMA », expose Tokai Devatine, qui précise que ce référentiel « laisse suffisamment de liberté pour que chaque établissement, chaque archipel, puisse développer le diplôme à sa façon, selon ses particularités ». L’équipe du CMA a ainsi pu observer la manière dont le CED aborde l’enseignement de la gravure. En parallèle, Hihirau Vaitoare, enseignante au centre, est intervenue avec des élèves pour faire des démonstrations de sculpture et délivrer des conseils sur la mise en place d’un enseignement dédié à la discipline dans cette île où l’on trouve « beaucoup de bois, d’essences précieuses comme le miro ». L’équipe du centre en a profité pour encourager le CED à mettre en place le BPMA (brevet polynésien des métiers d’art), qui permet aux titulaires du CPMA de poursuivre leur formation durant deux années supplémentaires. « Le CED reçoit des élèves de nombreuses îles des Tuamotu de l’Est. Sur place, ils sont bien encadrés, ils trouvent un équilibre, et ce brevet est l’occasion de les former davantage plutôt que de les lâcher à 16 ans », plaide Tokai Devatine. Il fait en outre remarquer que si les deux établissements, le CMA et le CED, ont des statuts très différents, ils se rejoignent dans leur mission : répondre à un besoin des jeunes, d’où la mise en place de ces diplômes.

CPMA et BPMA, deux diplômes pour les jeunes artistes

Le CPMA, Certificat polynésien des métiers d’art, et le BPMA, Brevet polynésien des métiers d’art, constituent un parcours de formation conçu par le Centre des Métiers d’Art et mis en place lors de la dernière rentrée, en septembre. Le CPMA est un diplôme de niveau V, soit l’équivalent d’un CAP. Il comprend un tronc commun et quatre options : gravure, sculpture, vannerie, et tatouage. Pour ce qui est du BPMA, il s’agit d’un diplôme de niveau IV, équivalent au baccalauréat professionnel. L’appellation la plus courante de l’emploi et du niveau de qualification est maître artisan. Deux options sont proposées : sculpture et gravure. Les jeunes artistes ont donc désormais la possibilité de suivre une formation diplômante, qui leur permet de poursuivre leur parcours en études supérieures. Le CMA cherche toujours à créer la suite du parcours de formation avec l’Université de la Polynésie française, mais la question du financement est délicate. Si une solution n’est pas trouvée d’ici deux ans, Viri Taimana, directeur du centre, a l’intention de s’orienter vers la création d’une école supérieure d’art dédiée aux Arts océaniens.

La nacre, une matière première qui échappe aux graveurs locaux

Les enseignants et élèves du Centre des métiers d’art ont aussi tiré parti de leur escale mangarévienne pour s’enquérir du commerce des nacres. L’île de Rikitea en produit énormément, mais « la majeure partie de la production quitte la Polynésie française et part en Chine par conteneur », regrette Viri Taimana. Après avoir mené sa « petite enquête », Tokai Devatine estime que ce sont chaque année 200 tonnes de coquilles qui sont vendues directement aux grossistes chinois… et qui reviennent dans les magasins de Papeete sous la forme de boutons, notamment. « Qu’est-ce qu’il nous reste ? On forme nos élèves sur cette matière-là », fait remarquer Viri Taimana. « Même là, il n’y a pas de politique permettant d’en garder une partie pour qu’elle soit transformée sur place et qui permettrait de créer ainsi de l’activité », dénonce-t-il. L’équipe du CMA s’inquiète aussi de la pollution générée par ce commerce. « Avec toutes ces ancres, ces milliers de cordes qui se décomposent dans le lagon, ces plastiques qui ne sont pas assimilés dans l’environnement », la question se pose pour Viri Taimana : « Si Rikitea en est là, qu’en est-il des lagons des autres atolls où il y a de la perliculture ? » Il aimerait que des études soient menées avant de voir de nouveaux projets d’élevage de poissons se mettre en place.

 

 

 

 

 

 

 

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