N°120 – L’exposition lumineuse du Quai Branly sur Paul Jacoulet arrive au Musée

Musée de Tahiti et des îles (MTI) – Te Fare Manaha AFFICHE JACOULET MTI 2

Rencontre avec Miriama Bono, directrice du Musée de Tahiti et des îles. Texte et photos : Elodie Largenton.

 

Pour la première fois, le Musée de Tahiti et des îles accueille une exposition conçue par le Quai Branly : « Un artiste voyageur en Micronésie, l’univers flottant de Paul Jacoulet ». 76 œuvres permettront ainsi de découvrir ce peintre français, qui a vécu toute sa vie au Japon. Ses estampes, incroyablement colorées, entraînent le public dans le Japon et la Micronésie de la première moitié du XXième siècle.

De Tokyo à Punaauia en passant par Paris, les estampes de Paul Jacoulet voyagent jusqu’au Musée de Tahiti et des îles, où elles seront exposées ces trois prochains mois grâce à la convention liant l’institution au musée du Quai Branly – Jacques Chirac, à Paris. Depuis plusieurs années, les deux établissements coopèrent et se prêtent des œuvres. Une collaboration qui se renforce donc cette année avec, pour la première fois, une exposition montée et présentée à Paris livrée « clé en main » à Tahiti. « On va reprendre la scénographie proposée au Quai Branly, que nous adaptons à notre salle », explique Miriama Bono, directrice du Musée de Tahiti et des îles.

A la découverte des mers du Sud

Paul Jacoulet est un « occidental imprégné de culture japonaise qui s’est passionné pour l’estampe ». Né à Paris en 1896, l’artiste n’aura passé que trois ans en France avant que sa famille ne s’installe au Japon. Initié très jeune à la musique, à la danse et à la peinture, Paul Jacoulet décide de se consacrer à la gravure sur bois appelée ukiyo-e en japonais – le terme signifie « image du monde flottant ». Il se rend célèbre pour ses portraits, ses scènes de la vie quotidienne et ses descriptions très précises des parures traditionnelles et des tatouages. Parfois présenté comme un « artiste-ethnographe », le peintre s’intéresse aux coiffes et aux bijoux mais aussi aux papillons et aux fleurs. Ses descriptions détaillées permettent de replonger le spectateur dans le Japon du début du XXième siècle. Elles lui offrent aussi la possibilité de voyager en Micronésie, ces « petites îles » situées entre le Japon et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Paul Jacoulet s’y est rendu à plusieurs reprises dans les années 1930, quand Yap, Pohnpei, Kosrae et Chuuk étaient sous mandat japonais. Il se passionne alors pour les cultures du Pacifique et est ébloui par la lumière du sud. D’après Donald H. Rubinstein, professeur d’anthropologie à l’université de Guam, cité dans le catalogue de l’exposition édité par le musée du Quai Branly et Somogy, Paul Jacoulet fait souvent remarquer que « les couleurs des mers du Sud sont inconcevables tant qu’on ne les a pas vues et, même alors, elles restent inconcevables ».

Une œuvre audacieuse méconnue

Cette révélation pousse l’artiste à revoir sa palette et à s’éloigner de la tradition en introduisant de nouveaux pigments naturels dans ses gravures. « On a tous l’image d’estampes japonaises un peu monochromes, avec très peu de couleurs, et là on peut y trouver jusqu’à 100 couches différentes », souligne Miriama Bono. Le peintre utilise des couleurs chatoyantes, du rouge, du vert et du bleu, qui lui permettent de traduire la beauté des parures des Micronésiens et de la faune et flore locales. L’œuvre audacieuse et originale de Paul Jacoulet a eu beaucoup de succès dans son pays d’adoption, le Japon, mais le peintre a longtemps été ignoré en France. L’exposition présentée par le Quai Branly en 2013 a permis au public français de le découvrir. « Une ouverture sur le monde » dont les Polynésiens vont pouvoir bénéficier à leur tour, se réjouit Miriama Bono. « Le Musée est content de pouvoir mettre en place ce programme de partenariat ». À l’avenir, d’autres expositions présentées à Paris devraient être reprises au Musée de Tahiti et des îles.

Un don de 3000 œuvres

Le président du musée Quai Branly – Jacques Chirac sera présent à Tahiti pour le vernissage de l’exposition Paul Jacoulet, aux côtés de Thérèse Jacoulet-Inagaki, la fille adoptive du peintre. Il y a quelques années, elle a fait don au Quai Branly de quelque 3 000 dessins, aquarelles et estampes de Paul Jacoulet, avec deux autres héritiers. Cette donation très importante a permis au musée d’organiser l’exposition dédiée au peintre en 2013, et au public français de reconnaître cet artiste longtemps resté inconnu dans l’Hexagone. C’est au tour du public polynésien de découvrir ce maître de l’estampe de culture japonais et occidentale. Une rencontre autour de l’univers de Paul Jacoulet sera organisée le 7 septembre, à 10h, au Musée de Tahiti et des îles, en présence de Stéphane Martin et de Thérèse Jacoulet-Inagaki.

 

Pratique

Exposition « Un artiste voyageur en Micronésie, l’univers flottant de Paul Jacoulet »

Du 7 septembre au 10 décembre 2017

Rencontre avec Stéphane Martin et Thérèse Jacoulet-Inagaki le 7 septembre à 10h

Salle d’exposition temporaire du Musée de Tahiti et des îles

+ d’infos : 40 54 84 35, sur le site www.museedetahiti.pf ou sur la page Facebook Musée de Tahiti et des Îles – Te Fare Manaha,.

Faut il s’inscrire pour la rencontre ?

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