N°118 – Temaeva fête ses 55 ans au marae Arahurahu

 

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Rencontre avec Coco Hotahota, chef de la troupe Temaeva, et Frédéric Cibard, chargé de communication au conservatoire Artistique de Polynésie française. Texte : Élodie Largenton

 

C’est l’un des rendez-vous majeurs de ce Heiva 2017 : Coco Hotahota fait son retour sur le marae Arahurahu à Paea, avec Te Hau pahu nui, un spectacle traditionnel racontant l’alliance de trois chefferies. Une belle manière de célébrer les 55 ans de sa troupe mythique Temaeva.

Mettre en scène la gloire des cours royales dans le cadre exceptionnel du marae Arahurahu : c’est le défi que s’est lancé la troupe Temaeva. Tous les samedis du mois de juillet, à partir des écrits de Teuira Henry, Coco Hotahota raconte l’histoire d’une triple alliance, celle des chefferies de Tahiti, de Moorea et de Maia’o. Une union redoutable pour « se protéger en cas d’attaque extérieure » souligne Coco Hotahota. Chaque île est identifiée par sa couleur : rouge et blanc pour Tahiti, jaune et blanc pour Moorea, et noir et blanc pour Maia’o, qui se situe dans le Pō. Ce sont d’abord les danseuses qui paraissent des deux côtés du marae. Elles interprètent un ōteʻaōtamu, puis reculent et s’installent en tīfene*. Les danseurs font alors leur entrée sur un ta’au** et hommes et femmes se mettent à danser en même temps : pendant le ōteʻa pahu des danseurs, les danseuses proposent un ‘aparima vāvā. Quand sonne le pu, tout s’arrête : c’est l’arrivée des cours royales. Hau pahu nui peut se traduire par « le gouvernement du grand tambour ».

Sans tradition, pas de nouveauté

Ce spectacle est l’occasion pour Coco Hotahota, comme il en a l’habitude, de faire redécouvrir des danses oubliées : le maimoa et le ‘epa. Pour ce dernier pas, il a puisé dans ses souvenirs : lors du mariage de sa sœur, sa mère avait fait venir un groupe des Australes, qui avait réalisé cette danse que Coco Hotahota n’a plus jamais vue depuis. « ‘Epa veut dire recouvrir », explique-t-il. Un geste qui marque aussi l’union et donc, dans ce cas, l’alliance des chefferies. Plus qu’une mission, c’est pour lui « une chance et un bonheur » de faire revivre ces pas. « Sans le passé, il ne peut pas y avoir d’avenir, de renouveau. En tahitien, on dit ‘peu tumu’, ce qui veut dire garder la tradition, ça implique de répéter tous les jours la même chose. Le drame dans notre pays, c’est que nous préférons ceux de l’extérieur, nous cherchons à copier les popa’a au lieu de conserver ce qui est à nous. Ce que j’essaie de faire, moi, c’est de préserver la tradition, parce que sans ça, il ne peut pas y avoir de nouveauté », explique le chef de la troupe Temaeva.

« Tant que j’aurai un souffle de vie, je continuerai ! »

Pour ce spectacle sur le site si particulier du marae Arahurahu, Coco Hotahota ne s’est entouré que des artistes partageant ses convictions. Ils seront moins nombreux qu’à To’ata, mais si l’investissement financier et humain « paraît moins lourd que lorsqu’on participe au Heiva i Tahiti », la charge de travail reste considérable. « Entre les cours royales, les serviteurs, les reines, les rois, les grands prêtres, les danseurs, et le pupu hīmene, ça représente quand même 120 personnes ! » fait remarquer le chef de troupe. Parmi les comédiens qui prendront part au spectacle, il y a Viri Taimana, le directeur du Centre des Métiers d’Art. « C’est un grand artiste, je lui ai demandé le costume des grands prêtres, des rois… Ça va être une pure merveille », se réjouit Coco Hotahota. Ça ne fait pas de doute, la passion est toujours aussi vive après des décennies de carrière. Dans les années 1960, déjà, le chef de la troupe Temaeva s’était produit sur le marae Arahurahu. Pour ce retour dans ce cadre magique, il n’est pas question de nostalgie et encore moins d’adieu : « Tant que j’aurai un souffle de vie, je continuerai ! J’ai une dette immense vis-à-vis de ce pays, je dois rembourser mes dettes. »

* tīfene: un pas sur lequel la danseuse avance en bas et sur lequel balancent les hanches de droite à gauche

** ta’au : prière

Quatrième production du Conservatoire au marae Arahurahu

Te Hau pahu nui est le quatrième spectacle produit par le Conservatoire Artistique de Polynésie française sur ce site exceptionnel du marae Arahurahu, au milieu des arbres, loin de la frénésie de la ville et de To’ata. Avant Coco Hotahota et sa formation Temaeva, la troupe de Makau Foster, Tamariki Poerani (2016), le groupe Toakura (2015) de Mateata Le Gayic, et O Tahiti E (2014), la troupe de Marguerite Lai, avaient investi la scène en plein air. Des spectacles plébiscités chaque année par les touristes comme par les amateurs de ‘ori tahiti. Pour produire ces créations, le Conservatoire est soutenu par le ministère de la Culture, et travaille en partenariat avec le service du Tourisme, affectataire du haut lieu, et le service des Moyens généraux pour les tribunes.

Le saviez- vous ?

Temaeva, le plus ancien groupe de Tahiti

« Je n’étais même pas né quand la troupe a été créée ! » fait remarquer en souriant Heremoana Maamaatuaiahutapu, le ministre de la Culture et ancien danseur de Temaeva, comme Fabien Dinard, Moana’ura Tehei’ura et de nombreuses autres personnalités du monde de la culture. En 55 ans de ‘ori tahiti, Temaeva et Coco Hotahota ont marqué les esprits par leur audace, leur sens de la provocation et, évidemment, leur talent. La troupe a remporté le Heiva à quinze reprises, la première fois en 1969 et la dernière fois en 2015. Cette réussite et cette longévité seront célébrées le mercredi 19 juillet, à To’ata, à l’occasion de la soirée de remise des prix du Heiva.

Pratique

Samedis 1er, 08, 15, 22 et 29 juillet à 15h45 au marae Arahurahu, à Paea (PK 22,5). Le spectacle dure 1h30.

Tarif unique : 2 000 Fcfp

Billets en vente à Radio 1 et dans les magasins Carrefour, ou sur  www.ticket-pacific.pf

+ d’infos : 40 50 14 14 / 40 43 41 00. www.conservatoire.pf et www.heiva.org

 

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