N°115 – Les porteurs de savoir et de savoir-faire

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Rencontre avec Viri Taimana, directeur du Centre des Métiers d’Art, Hihirau Nanai, professeur de sculpture et Vaihere Tauraa, professeur de dessin.

 

Texte et photos : Suliane Favennec.

 

 

Le mois d’avril est un mois chargé pour le Centre des Métiers d’Art. Les élèves et les enseignants ont en effet la lourde tâche de créer deux panneaux pour le Palais de justice et la décoration de l’entrée du vice-rectorat.

 

C’est une commande bien particulière pour le Centre des Métiers d’Art. Deux institutions de l’Etat ont fait appel au savoir-faire des enseignants et des élèves du Centre afin de réaliser deux panneaux sculptés. Le premier doit être posé à l’entrée du palais de justice de Papeete. Pour ce travail, le palais a donné carte blanche au Centre des Métiers d’Art. « On a une liberté notamment sur le choix des motifs et leur traitement », précise Hihirau Nanai, professeur de sculpture.

 

Guider les élèves

 

Professeur de sculpture des 2ème et 3ème années, Hihirau Nanai a coordonné le projet. Les élèves de deuxième année gravure et sculpture ont eu comme sujet d’évaluation, l’élaboration d’un dossier de recherche sur l’identité visuelle du tribunal de Papeete. Ils devaient rendre leur dossier avec des esquisses, des ébauches et des documents de référence permettant d’apprécier la démarche et surtout la faisabilité de leurs projets. Le temps accordé pour cette commande étant très court Hihirau a pris le relais pour la phase sculpture et les élèves ont participé aux travaux de finition, car le panneau devait être fixé avant l’arrivée du ministre de la justice. Parmi les dossiers présentés, c’est la proposition la plus sobre qui a été retenue, par les commanditaires.

 

Recherche et savoir-faire

 

Hihirau a d’abord dû chercher le bon bois afin de réaliser une planche sans assemblage. Un bois de 4.50 mètres de long, la dimension du panneau. « Il a été très difficile de trouver des planches de cette taille ». Hihirau a choisi le marumaru un bois de qualité très utilisé en menuiserie. Ensuite, il a fallu tailler le bois et graver le texte, un long travail de patience et de minutie. Une fois le texte peint en doré, les artistes se sont attelés aux motifs en nacre. Ils ont été taillés et incrustés sur la planche. Si ce travail a été difficile, l’étape de l’installation l’a été tout autant. « Nous avons dû travailler avec un bureau d’études pour que l’installation du panneau ne présente aucun risque ». Une course contre la montre car il était primordial de terminer l’installation pour l’arrivée du Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, en visite en Polynésie française du 16 au 20 mars. Hihirau en a aussi profité pour présenter un autre projet : le panneau pour le tribunal foncier, encore en cours de réalisation. « Elle a su coordonner les interventions avec les entreprises, comme il le fallait. Cela lui a apporté des compétences supplémentaires qu’elle pourra revendiquer ensuite dans la reconnaissance d’un diplôme national », confie le directeur de l’établissement, Viri Taimana, pas peu fier de son enseignante.

 

Gérer les contraintes

 

Autre création de taille pour le Centre : celle d’un panneau destiné au nouveau bâtiment du vice-rectorat. Cette fois, c’est Vaihere Tauraa, professeur de dessin, qui en a la charge. La jeune femme doit travailler sur un panneau « habillage » pour l’entrée des 3ème et 4ème étages de l’établissement. Aidée par le corps enseignant du Centre, Vaihere a d’abord passé des heures à discuter avec l’architecte et le responsable des travaux pour savoir ce qu’il était possible de faire ou non. « Il a fallu prendre en compte les contraintes de chacun ». Quant au thème, il était libre. Vaihere, qui a travaillé en équipe, a réalisé des croquis en essayant d’inclure une représentation ayant un sens pour chaque archipel de la Polynésie française.

 

Mettre en avant des talents

 

Pour l’heure, c’est le végétal qui a été en partie retenu mais Vaihere souhaite aussi intégrer des motifs anciens et nouveaux. La jeune femme s’est plongée dans les légendes passionnantes sur le uru ou encore le taro, racontées dans le livre « Tahiti aux temps anciens », ainsi que la carte endémique des végétations pour y puiser son inspiration. Ensuite, elle est passée à l’incrustation en nacre pour une sculpture relief et bas relief. Quant au bois utilisé, à l’instar de sa consoeur pour le panneau du palais de justice, la jeune femme a choisi l’acajou, la planche doit mesurer 6 mètres de long pour 3 mètres de haut. « Je ne voulais pas faire d’assemblage, je voulais un bloc ». Les élèves ont pu, une fois le travail préparatoire effectué, passer à la pratique. « Vaihere étant diplômée en design, ce projet lui a permis de mettre ses talents au service d’un projet concret, confie Viri Taimana, Quant aux élèves, cela fait partie des « chantiers écoles » qui les confrontent à un travail rigoureux, avec un cahier des charges précis et un temps imparti. Ces deux projets mettent en avant le savoir et savoir-faire du Centre des Métiers d’Art sur des bâtiments publics très fréquentés ».

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