N°114 -Le roseau de montagne, une matière riche et difficile.

Service de l’Artisanat Traditionnel – Pu ‘ohipa rima’i

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Rencontre avec Vainui Barsinas, artisane.

Texte et photos : Suliane Favennec.

Vainui Barsinas est une artisane originaire de Rapa. Sa spécialité : les chapeaux et bouquets en roseau de montagne. Une matière bien particulière que seuls les artisans de Rapa utilisent.

La réputation de Vainui Barsinas traverse les frontières. Présidente de la fédération des artisans de Rapa, cette artisane de 36 ans est connue dans le milieu, au niveau local mais également à l’international. Spécialisée dans le roseau de montagne, elle vend ses créations sur internet, et les expose lors des salons ou autres évènements culturels. Elle a ainsi exposé lors du dernier Tahiti Festa au Japon. En un rien de temps, ses 400 couronnes et 230 bouquets de cheveux sont partis, achetés par des Japonaises qui raffolent de notre artisanat. Pour la prochaine édition, Vainui leur a promis de ramener une masse de roseau, mais aussi de présenter sa nouvelle collection.

Innover

Vainui aime travailler cette matière si particulière et si difficile, qu’est le roseau de montagne. Mais par-dessus tout, elle aime innover. « On utilise beaucoup le roseau pour faire des chapeaux ou des bouquets. Je voudrais élargir son utilisation ». Elle a d’ailleurs donné comme directive aux artisanes de la fédération de Rapa de faire des recherches autour du roseau et de ses différentes utilisations, et ainsi tenter d’innover avec cette matière. « Cela permettrait de mettre un peu plus en valeur le roseau, et d’attirer plus de jeunes. Je crois qu’aujourd’hui, ils en ont marre de ne voir que des chapeaux ou des bouquets ». Si on trouve le roseau des montagnes un peu partout en Polynésie française, ce n’est qu’à Rapa qu’il est travaillé.

Un savoir-faire

Une fois par an, en avril-mai, les artisanes de Rapa se rendent dans la montagne, là où poussent les roseaux. Elles y passent alors trois jours pour faire la cueillette. « Chacune a son endroit, mais une fois qu’on l’a trouvé, on y reste. Car en cueillant, on marche aussi sur certains roseaux, ce qui permet de les replanter naturellement. Ainsi, nous sommes sûres d’en trouver l’année suivante ». Une fois la cueillette terminée, les femmes redescendent au village pour préparer et travailler la matière. Le roseau de montagne est partagé en deux. « C’est très délicat car il ne faut pas le casser, sinon on ne peut plus l’utiliser ». Le roseau est ensuite aplati, nettoyé et bouilli dans du jus de citron. Une fois ces étapes terminées, il est mis à sécher. Un processus qui peut durer deux semaines, la pluie étant fréquente dans cette île des Australes. Vient ensuite le moment du tressage. Une étape tout aussi délicate, le roseau étant une matière fragile. « Il y a sept types de tressage, une particularité de Rapa. C’est notre savoir-faire ».

Un héritage culturel et familial

Ce savoir-faire, Vainui l’a appris aux côtés de sa maman. Dès l’âge de 4 ans, elle accompagne sa mère pour la cueillette. A l’âge de 12 ans, elle commence à pratiquer. « J’avoue que ma mère m’a un peu obligée. Mais je suis contente qu’elle l’ait fait. Car, aujourd’hui, je suis fière de savoir travailler cette matière ». Depuis, Vainui ne s’est jamais arrêtée et elle souhaite à son tour transmettre cet héritage aux jeunes. « Certains commencent à s’y intéresser, car ils voient qu’on peut gagner sa vie avec. On doit être un exemple pour eux, leur montrer le chemin à suivre ».

 

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