N°105 – Gala : La nuit de toutes les joies 

Conservatoire Artistique de Polynésie française – Te Fare Upa RauHiro'a Juin - Gala Conservatoire bis - Crédit photo Christian Durocher IMG_4575 (1)

Rencontre avec Vanina Ehu, coordinatrice générale des arts traditionnels du Conservatoire, John Mairai, professeur de ‘orero, Mama Iopa, professeure de himene et Fred Cibard, responsable de la communication du Conservatoire.

Texte : DB. Photos : CAPF.

 

Les élèves du département des arts traditionnels du Conservatoire Artistique de Polynésie française enchaînent les répétitions, encadrés de près par leurs professeurs. Ils sont 800 à se retrouver deux fois par semaine pour préparer la grande nuit de gala du Conservatoire.

« Sur un tmau je…, commence d’un ton ferme Vanina Ehu, coordinatrice générale des arts traditionnels,…dois me baisser », répondent à l’unisson les élèves de danse du département arts traditionnels du Conservatoire. « Sur un faarapu je…, ajoute Vanina, …dois travailler mon ventre et me baisser », poursuit le groupe. « Bien, vous savez mais vous ne faites pas. Recommencez ! » Et les musiciens de reprendre le rythme. Et les élèves de se coller au mur de la pièce où ils se trouvent, le temps ne permettant pas de travailler en extérieur ce jour, puis de reprendre, encore une fois, la chorégraphie.

Un entraînement rigoureux

Les élèves du Conservatoire se relaient sous le regard exigeant de leurs professeurs. Ils préparent la grande nuit de gala qui approche à grands pas. Rien n’est laissé au hasard, le moindre geste déplacé, le moindre mouvement désinvolte, la moindre absence est repérée. « La tête ! », « Le ventre ! », « Le regard et les pieds ! », « Alignez-vous correctement ! ». Les entraînements sont rigoureux, mais les classes ne s’arrêtent pas à ça. « Le gala ? Ils n’attendent que ça », confirment les responsables du Conservatoire. « C’est le bouquet final, tous rêvent d’aller sur To’ata, la place des grands », avoue Vanina Ehu. « On doit faire le maximum, tout donner, nous comme eux, pour que chaque élève soit satisfait du résultat, pour le Conservatoire et les parents. Car tout cela, tout ce que vous voyez là ne se fait pas sans l’investissement des enfants mais aussi de leurs parents », affirme Vanina Ehu qui est aussi professeure de ‘ori tahiti.

Les répétitions commencent peu après le début de l’année civile. Elles ont lieu deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi après-midi. Les bébés arrivent en premier, remplacés petit à petit par les plus âgés. Lorsqu’un nouveau groupe entre dans la pièce, les plus jeunes l’accueillent d’un « Iaorana ! ».

Les feurs à l’honneur

Chaque professeur travaille avec ses élèves sur le thème choisi. Cette année, les fleurs du bouton à l’éclosion sont à l’honneur ainsi que, dans un tout autre registre, la bataille de Nari’i*. Les classes se rencontrent et les professeurs s’ajustent pour lier l’en- semble. À quelques heures du Jour J, deux répétitions générales sont prévues sur la « place des grands ». La première le 4 juin, la seconde le 8 avec les techniciens son et lumière.

Le 11 juin, date de la grande nuit de gala, les spectateurs pourront découvrir les chorégraphies des danseurs, écouter les classes d’instruments, entendre la classe de ‘orero et le chœur de hīmene. Frédéric Cibard, responsable de la communication du Conservatoire, précise : « L’événement clôt le Heiva des écoles et annonce le Heiva des grands groupes. Il présente, des petits en cours d’initiation aux danseurs adultes en passant par les élèves de haut-niveau, très attendus, tous les stades d’apprentissage des arts traditionnels avec une prime spéciale aux élèves diplômés et lauréats de l’année en cours ».

Pour l’occasion, le Conservatoire propose un spectacle original de plus de deux heures. Les textes, musiques, chants et chorégraphies des sept tableaux de danse ont été entièrement créés pour la nuit de gala. Ils sont signés Roger Taae qui dirige l’orchestre traditionnel, Vanina Ehu, Erena Uura, Vaehakaiki Urima, Hinavai Raveino et Toanui Mahinui, les professeurs de ‘ori tahiti, Mama Iopa qui dirige ce qui est sans doute le plus grand chœur d’enfants pra- tiquant le chant traditionnel (ils sont près de 200), John Mairai, professeur de ‘ōrero et Moana Urima, professeur de pehe et de ukulele. Rendez-vous dans quelques jours place To’ata pour découvrir les créations 2016.

 

Encadré

De la bataille de Fei Pi à la bataille de Nari’i

La bataille de Fei Pi a célébré il y a peu son bicentenaire (12 novembre 1815). Elle sera mise à l’honneur lors de la deuxième partie du gala du Conservatoire. « Lorsque les bébés seront partis », précise Vanina Ehu, coordinatrice générale des arts traditionnels. Cette deuxième partie, signée John Mairai, professeur de ‘ōrero au Conservatoire, raconte la bataille qui opposa Pomare II – lequel allait devenir l’unique ari’i rahi de Tahiti après sa victoire – et Opuhara. Le choix de ce thème donne l’occasion à l’auteur de réhabiliter l’événement. « Il était important de remettre les pendules à l’heure. Pendant 200 ans, on a parlé de la bataille de Fei-Pi, ‘Pi’ pour manque de maturité. Pendant des années, le perdant des deux chefs, et non des deux rois comme on entend souvent car le terme de roi est arrivé après cette bataille, a été dénigré par ce terme. J’ai trouvé cela injuste et j’ai voulu le changer. J’ai proposé de l’intituler la bataille de Nari’i, la bataille des deux chefs. » Le 9 décembre dernier, lors de la journée portes ouvertes du département des arts traditionnels du Conservatoire, dans les jardins du Musée de Tahiti et des Îles, les élèves chevronnés des classes de danse accompagnés par l’orchestre de musique traditionnelle ont présenté cette bataille. « J’ai repris et étoffé le texte pour le présenter à nouveau à l’occasion du gala », indique John Mairai.

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« Sans langue, il n’y a pas de culture »

Mama Iopa, professeure des classes de hīmene des enfants, insiste sur l’importance de la langue et sur les résultats attendus suite aux efforts fournis. « Je sais que c’est beaucoup de travail, pour bien connaître un hīmene de quatre strophes, connaître les paroles et bien les prononcer, il faut compter quatre mois de répétition. J’entends les élèves me dire en milieu d’année, « mama, on est u, on s’ennuie avec les hīmene». Mais plus ils le pratiquent, plus ils y prennent du plaisir. Et en plus, en apprenant les hīmene, ils apprennent la langue, ce qui est fondamental. Sans elle, il n’y a pas de danse, pas de chant, pas de percussion, pas de musique. Sans langue, il n’y a pas de culture. » Lors du gala, il y aura trois hīmene de quatre à cinq strophes chacun : un hīmene ruau, un hīmene tārava et un hīmene ute. Et avec une prestation toujours sublime et émouvante, plus tous les sourires sur les visages de ces petits choristes, on se dit que mama Iopa fait un travail extraordinaire de patience et de transmission.

Gala du Conservatoire : Pratique

  • Samedi 11 juin, à 18h
  • Place To’ata
  • Tarifs : 1 500 Fcfp dans la tribune centrale et 1 000 Fcfp 
pour les tribunes latérales
  • Vente aux guichets de la Maison de la Culture
  • Renseignements : 40 50 14 18 – www.conservatoire.pf – 
FB : Conservatoire Artistique de la Polynésie française Te Fare Upa Rau

 

 

*Voir Hiro’a n°98 (novembre 2015) rubrique « Le saviez-vous ? »

 

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