N° 87 – Le « tapie », quand le tapa se recycle

Rencontre avec Moea Lechat, enseignante en dessin et arts plastiques au Centre des Métiers d’Art.

Rédaction : VH.

 

 

L’œuvre du mois est un médium original présenté le mois dernier lors de l’exposition « Tapa et déclinaisons » proposée par le Centre des Métiers d’Art à l’occasion du festival « Tapa d’Océanie ». Il s’agit du « tapie*», qui reprend le processus de fabrication artisanal du papier recyclé, mais avec du tapa.

 

 

Le Centre des Métiers d’Art ne cessera de surprendre. Pour son exposition « Tapa et déclinaisons » présentée du 14 au 21 novembre dernier dans le cadre du Festival « Tapa d’Océanie », l’une de leurs enseignantes, Moea Lechat, s’est intéressée à un médium plus que particulier : le « tapie ». « La fabrication du tapie reprend le processus de fabrication artisanale du papier recyclé, sauf que nous utilisons du tapa au lieu du papier, explique Moea. Le mot tapie, que nous avons inventé pour définir ce nouveau médium, vient donc de la fusion des termes ‘’tapa’’ et ‘’papier’’. C’est probablement la première fois que quelqu’un utilise le tapa de cette manière et je pense que c’est pour cela que Viri Taimana, le directeur du Centre des Métiers d’Art, m’a encouragée à expérimenter davantage cette œuvre originale et innovante. »

 

Questionner le tapa

 

Après avoir expérimenté la fabrication du tapie avec différents tapa, Moea en a tout naturellement fait le centre de son travail. « J’ai choisi d’exposer côte à côte plusieurs échantillons de ces tapie mis sous verre, pour inciter les personnes à les regarder de près, l’un après l’autre. J’ai également exposé une installation avec pour objet central un grand tapie qui a servi de support à trois petits tapie avec, imprimé dessus, une Hina contemporaine fabriquant du tapie à la place du tapa. Cet assemblage était accompagné d’un chant qui invoque Hina, déesse polynésienne aux noms multiples, également batteuse de tapa pour les dieux. »

 

« Les tapie et l’installation sonore qui les accompagne questionnent la place du tapa aujourd’hui, son évolution depuis les légendes ancestrales jusqu’aux techniques actuelles comme l’impression photographique ou encore l’invention du tapie, poursuit Moea. Quelle est la place du tapa aujourd’hui dans une Polynésie en pleine mutation influencée par la mondialisation et les avancées technologiques ? Quelle est la place des traditions et des récits ancestraux aujourd’hui ? »

 

Mais avant d’aboutir à ce travail, Moea a d’abord expérimenté plusieurs pistes avec un groupe d’élèves de 2ème année. « Nous souhaitions illustrer la légende de Hina issue du livre ‘’Tahiti aux temps anciens’’, de Teuira Henry, car c’est Hina qui battait le tapa sur terre puis dans la lune. Mais illustrer cette histoire en dessin ou en peinture sur papier ou sur tissu n’était pas très innovant. Nous avons donc essayé différentes techniques comme le papier recyclé, la broderie sur faraoti, puis sur kere, le pochoir, la javel sur tapa, des jeux de matières et d’éclairages… Et j’ai finalement choisi de travailler l’impression photographique d’une Hina contemporaine, c’est-à-dire une de mes élèves en train de fabriquer le tapie. Et le chant sur Hina que le public a pu entendre en léger fond sonore lors de l’exposition est un chant que nous avons écrit et enregistré. »

 

* Prononcer « tapié ».

 

 

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