N° 85 – Une rame sculptée dans la pure tradition Raivavae

Service de l’artisanat traditionnel – Pu ohipa rima’i

 

Rencontre avec Tanetua Tupea, sculpteur de Raivavae, et Tamara, son épouse.

Rédaction et photos : VH.

 

L’œuvre de ce mois-ci est un objet qui se fait rare. Une sculpture sur bois réalisée dans la pure tradition de Raivavae, aux Australes, par Tanetua Tupea, l’un des deux derniers sculpteurs de l’île à réaliser encore ce travail minutieux qui nécessite patience et dextérité. Il sera présent, comme beaucoup d’autres artisans, au salon des Australes, du 27 octobre au 9 novembre à l’Assemblée de la Polynésie française.

 

L’œuvre est de toute beauté et d’une finesse exceptionnelle. Il s’agit d’une rame sculptée dans du bois de rose, ou amae, comme on l’appelle à Raivavae. Les symboles gravés dans le bois sont typiques de cette île des Australes, tout comme la réalisation de l’objet. « Dans la sculpture Raivavae, on commence toujours par le haut, avec le soleil, explique Tanetua Tupea, créateur de l’œuvre. Ensuite vient l’homme, et tout ce qui le relie à la nature : le ciel, la terre et la mer. Sur cette pièce, j’ai donc commencé ainsi, en sculptant le soleil à l’embout. Pour l’homme, j’ai choisi Piritua, personnage légendaire emblématique. » Piritua, qui signifie littéralement « dos collé », est le nom de deux frères avant leur séparation. Ne formant qu’un seul être, il s’appelait Piritua. Mais en se séparant, chacun a eu son nom, Tane-matara-e-te-ao et Tane-matara-e-te-po, matara signifiant « être détaché ». « Certains aliments leur étaient défendus, mais l’un des frères a tout de même voulu en manger, développe Tamara, son épouse. C’est ainsi qu’ils ont été séparés ». Cette partie de la rame a été faite sur le modèle d’une sculpture de Raivavae du XIXème siècle. « Juste en-dessous, j’ai représenté les étoiles, qui guident le navigateur sur sa pirogue, poursuit Tanetua. Ensuite il y a la mer et toutes ses richesses ; puis le symbole de la boussole, toujours pour se diriger en mer. Le symbole en bas du manche représente les petits poissons avec lesquels les navigateurs peuvent se nourrir. Et sur la pagaie, c’est encore la mer. Pour séparer les différents symboles, j’ai inséré celui des montagnes. C’est ce même symbole qui forme une couronne sur la pagaie, venant faire le lien entre tous les éléments. »

 

 

De l’importance du sens

 

Cette œuvre a demandé deux semaines d’un travail minutieux. « Les motifs doivent être bien symétriques pour qu’ils aient du sens, c’est important, confie Tanetua, qui a effectué un travail de recherche des motifs et de leur symbolique avant de passer au concret. « Il connaît les symboles classiques de son île, intervient Tamara, mais il a voulu aller plus loin. À Raivavae, ils ne sont que deux, lui et son oncle, à faire ce travail minutieux. Il y a d’autres sculpteurs, mais ils sont plus tournés vers la réalisation de pirogues. »

Si Tanetua attache une grande importance à donner du sens à ce qu’il fait, c’est parce que la sculpture est pour lui un moyen d’expression autant que de valorisation. « On a un très beau patrimoine culturel, poursuit Tamara. Et notre but n’est pas de vendre pour vendre, mais de susciter l’envie de venir à Raivavae, pour découvrir cette île magnifique et toutes ses particularités culturelles. »

 

 

Un art venu à lui

Cela ne fait qu’un an que Tanetua s’est lancé dans la sculpture, ou plutôt que la sculpture s’est imposée à lui. Après la perte de son travail pour raison économique, il est revenu à la sculpture pour aider son groupe de danse au Heiva i Tahiti 2013, en réalisant des lances et des casse-têtes. « C’est à partir de là qu’il s’est vraiment impliqué dans la sculpture, qu’il a commencé à approfondir ses connaissances, à améliorer sa technique », confie Tamara. « J’avais été initié à la sculpture quand j’avais 14 ans, au CJA de Raivavae, mais ce n’était pas suffisant, et surtout, ça faisait longtemps que je n’en avais plus fait, poursuit Tanetua. Donc j’ai demandé conseil autour de moi, à la famille, notamment pour faire des pirogues miniatures. Il s’avère que c’est le même principe que pour réaliser une pirogue qui prend la mer, mais à échelle réduite. » Outre les pirogues miniatures, Tanetua fait également des to’ere ornés de fins motifs. Son talent a été remarqué jusqu’au Heiva de San Diego, événement pour lequel il a réalisé cette année les trophées remis au meilleur danseur et à la meilleure danseuse. Après la rame gravée dont vous venez d’avoir un aperçu, il vient de se mettre à fabriquer des herminettes. Tous ces objets réalisés à la main seront exposés au prochain salon des Australes, du 27 octobre au 9 novembre à l’Assemblée de la Polynésie française.

 

13e salon des Australes : pratique

Thème : « Haafaufaa mai te mau rauraa o te mau pupu o to ‘oe henua – Valorise la diversité des coquillages de ton île », avec 60 artisans venus de Tubuai, Rimatara, Rapa, Rurutu et Raivavae.

Hall de l’Assemblée de la Polynésie française

Du lundi 27 octobre au dimanche 9 novembre de 8h à 17h

Inauguration officielle : lundi 27 octobre à 10h

Renseignements : 40 54 54 00 (Loana)

 

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