N° 84 – « Créer des œuvres qui traduisent mon processus de recherche de la culture et de l’histoire polynésiennes »

10 questions à : Zhou Xiaoping, artiste

 

Zhou Xiaoping, artiste chinois, vit près des communautés aborigènes d’Australie depuis plus de 20 ans.  Une immersion improbable racontée dans un superbe documentaire, « Ochre & Ink », primé au FIFO 2012. Invité à Tahiti en résidence d’artiste par l’Institut Confucius de l’Université de la Polynésie française, Zhou Xiaoping sera présent du 8 au 27 septembre, pour partager sa flamme créatrice.

 

Vous êtes déjà venu à Tahiti en 2012, car vous êtes au coeur d’un documentaire qui a été présenté au FIFO : « Ochre & ink ». Celui-ci a d’ailleurs remporté le prix du Jury. Est-ce que la sortie de ce documentaire a changé quelque chose dans votre carrière d’artiste ?

Ce documentaire a remporté sept récompenses dans différents festivals internationaux. Il a reçu des commentaires extrêmement positifs des publics du monde entier. Ce film  est devenu en quelque sorte une grande promotion pour ma carrière artistique. Cela m’a ouvert un certain nombre de pistes en tant qu’artiste international.

 

Que retenez- vous de votre passage à Papeete pour le FIFO ?

Tout d’abord, j’ai trouvé le public polynésien très chaleureux et convivial. Ensuite, ce que j’ai pu entrevoir de la culture polynésienne m’a laissé une impression très forte. Lors de la cérémonie de clôture du FIFO en 2012, j’ai dit « Je vous aime, vous les gens et Tahiti. Je reviendrai ».

 

Vous revenez justement à Tahiti dans le cadre d’une résidence d’artiste : comment est né ce projet ?

Léopold Mu Si Yan, directeur de l’Institut Confucius de l’Université de la Polynésie française, m’a invité à découvrir ou re-découvrir ce pays. Je me suis senti très heureux et honoré d’accepter l’invitation. J’ai toujours eu envie de revenir à Tahiti, afin de pouvoir exprimer ma sensibilité en créant de nouvelles œuvres qui soient connectées entre les habitants de Tahiti et moi-même en tant qu’artiste.

Quel sera votre programme ?

Des ateliers sur les principes et les techniques de peintures chinoises seront organisés à l’Institut Confucius de l’UPF, dans certaines écoles ainsi qu’au Musée de Tahiti et des Îles. Je vais créer un grand tableau ou une série d’œuvres d’art qui traduisent mon processus de recherche de la culture et de l’histoire polynésiennes. Normalement, le studio devrait être ouvert au public. J’espère que des artistes locaux, le public et les scolaires pourront être impliqués dans ce projet.

Selon vous, qu’est-ce qui caractérise l’art polynésien par rapport à d’autres formes d’expression ?

C’est ce que je vais rechercher et apprendre.

 

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours en tant qu’artiste ?

Je suis né et j’ai grandi en Chine, aujourd’hui je vis à Melbourne. Depuis mon arrivée en Australie en 1988, j’ai voyagé à travers tout le pays. Lors de ma première visite dans l’« outback » (la Terre d’Arnhem et Kimberly), j’ai rencontré le peuple aborigène. Cela m’a amené à développer un intérêt pour l’art du portrait et le paysage australien.

En 1996, j’ai organisé une exposition conjointe avec l’artiste autochtone Jimmy Pike à la Galerie Art Mi Jiu Lu à Hefei, en Chine ; la première exposition d’art aborigène en Chine. Trois ans plus tard, en janvier 1999, nous avons organisé une autre exposition commune, cette fois à la Galerie Nationale de Chine, à Beijing. En 2011, j’étais le principal artiste d’une exposition intitulée: « Trepang, China & the story of Macassan – Aboriginal trade » au Capital Museum de Chine et au Musée de Melbourne en Australie. J’ai participé à l’exposition historique « Mémoires vives : une histoire de l’art aborigène australien » au Musée d’Aquitaine à Bordeaux en 2013-2014. En 2014, j’ai été invité par l’ambassade d’Australie à Paris pour tenir ma première exposition personnelle en France. Depuis 1988, j’ai effectué un total de 40 expositions solos partout dans le monde et j’ai publié, en Chine, deux livres sur mes expériences dans les communautés aborigènes.

 

Comment avez-vous découvert l’Australie et pouvez-vous nous décrire plus précisément votre rencontre avec l’art aborigène ?

J’ai découvert le peuple et l’art aborigène lors d’une visite à Alice Springs, juste après ma première exposition à Melbourne en 1988. J’ai immédiatement été frappé par le côté vibrant et coloré de cet art, mais aussi par toutes ces formes, ces symboles qui semblaient avoir un sens, comme une histoire à décoder. Lorsque j’ai su que ces œuvres étaient réalisées par des personnes sans « formation artistique » – à la différence des artistes comme moi – j’ai été d’autant plus surpris et fasciné ! J’ai voulu découvrir leur travail en profondeur, leurs techniques et leurs points de vue… Et depuis, je passe ma vie à chercher à comprendre les significations et les histoires des formes révélées par ces peintures. Ma première collaboration sérieuse avec un artiste autochtone a eu lieu avec le peintre Walmatjarri Jimmy Pike à Broome, en 1990. Il m’a raconté les histoires de sa région (Fitzroy Crossing), dans le nord-est de l’Australie occidentale. Ensemble, nous avons réalisé de nombreux dessins et peintures, travaillant sous un arbre où nous avons campé tous les soirs. Plus important que l’art en lui-même, ces travaux ont permis de nouer et de révéler notre amitié. Cette collaboration a abouti à la première exposition d’art autochtone en Chine en 1996, puis à la Galerie Nationale de Chine, à Beijing. Pendant ce temps, j’ai pu à mon tour faire découvrir à Jimmy la Chine, comme il m’avait ouvert les portes de son pays.

 

Aujourd’hui, quel est votre rapport à la culture aborigène et plus globalement à l’Océanie ?

J’ai une réelle connexion avec les artistes aborigènes… Cela m’a amené à m’intéresser aux autres artistes de la région avec lesquels je suis impatient de travailler.

 

De quelle manière toutes ces influences inspirent-elles votre démarche artistique mais également la personne que vous êtes ?

J’essaie de démontrer que la rencontre de cultures très différentes peut mutuellement enrichir les artistes et leur travail. Dans le cadre de la pratique et de l’exploration, ces influences m’ont effectivement beaucoup touché et me construisent en tant que personne. Je crois que cela se ressent dans mon travail.

 

Un mot au sujet de votre prochain projet ?

Je travaille sur une exposition qui voyagera en Chine en 2015-2016. Elle montrera des œuvres d’art uniques et nouvellement créées en collaboration avec des artistes aborigènes. Autrement, l’exposition « Trepang —- First Australia Trade » actuellement présentée à Paris (jusqu’au 7 novembre) se déplacera en Amérique en 2015.

 

 

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