N°75 – Sur les traces de Gauguin

Rencontre avec Theano Jaillet, directrice du Musée de Tahiti et des Îles

 

L’œuvre de Paul Gauguin a fait connaître une certaine imagerie polynésienne au monde entier. La métamorphose artistique de Gauguin a fasciné de nombreux artistes, désireux à leur tour de venir goûter à la lumière de Tahiti. Le Musée de Tahiti et des îles a souhaité consacrer une exposition aux successeurs de l’artiste des Tropiques, depuis 1903 jusqu’aux années 1960.

 

Après la mort de Paul Gauguin à Atuona en 1903, la Polynésie devient un lieu d’attrait pour de nombreux peintres en quête d’exotisme. « Certains d’entre eux ont été attirés par les écrits et les tableaux de Gauguin et ont souhaité s’installer en Polynésie afin de faire l’expérience, par eux-mêmes, de la nature polynésienne », souligne Theano Jaillet, directrice du Musée de Tahiti et des Îles. On constate que les artistes du XXème siècle ont plutôt choisi d’apporter leur vision personnelle de la Polynésie, de sa lumière, de ses paysages et de ses habitants, poursuit Theano. En définitive, si les thèmes traités sont souvent similaires, l’influence de Gauguin n’est en revanche pas évidente dans la majorité des oeuvres ici exposées ».

 

77 peintures ont été sélectionnées par Riccardo Pineri, spécialiste de la peinture moderne et contemporaine, et le Musée de Tahiti et des Îles, pour figurer dans l’exposition « Après Gauguin ». Morillot, Gouwe, Huzé, Heyman, Matisse, MacDonald, Masson, Tatin, Ravello, Boulaire, Wolff, une quarantaine de signatures différentes illustrent ainsi la peinture polynésienne du XXème siècle, période d’une nouvelle et profonde transformation de la société polynésienne. C’est l’occasion de mesurer la diversité de représentations que la Polynésie française a suscité auprès des artistes internationaux, stimulant également la naissance d’une activité artistique proprement polynésienne, avec des peintres comme Rosine Temauri Masson, Rui Juventin, Claude Machecourt ou Meretini Ripo.

 

Les œuvres sont majoritairement tirées de la collection « Beaux-arts » conservée au Musée de Tahiti et des îles, qui témoigne de l’activité picturale à cette période de l’histoire. Pour l’exposition, des établissements publics et des collectionneurs privés ont également été mis à contribution afin de donner un aperçu le plus large possible.

 

« Nous avons voulu témoigner, par ce choix d’œuvres, d’une image riche et complexe que la Polynésie a initiée chez les artistes, persuadés que l’œuvre d’art n’est pas uniquement un ‘document d’époque’, fût-il  de la  ‘belle époque’, mais une ouverture au sens inépuisable du monde », explique Ricardo Pineri.

 

Quelques peintres…

 

William Alister Mac Donald (1861-1956)

D’origine écossaise, le peintre fait escale à Tahiti en 1921. L’aquarelliste fut immédiatement envoûté par le ciel, les lagons et les montagnes, dont il transmet les moindres nuances dans ses œuvres d’une grande sensibilité.

 

Charles-Alfred LE MOINE (1872-1918)

Le Moine quitte la France avec l’héritage paternel et arrive à Tahiti en 1902, où il sera professeur de dessin avant de devenir instituteur aux Marquises en 1911. Nommé par le commissaire-priseur Vermersch expert pour la préparation de la vente aux enchères de la succession Gauguin,  il écrit à Daniel de Monfreid que parmi les tableaux et les objets divers « une grande quantité fut mise aux ordures,  c’est-à-dire à leur place ». Le Moine est l’exemple de la méconnaissance de Gauguin de la part des « experts » de l’époque à Tahiti. Lui fait de la peinture de « bon goût »,  peint des paysages académiques,  selon les codes de l’époque. Comme l’écrit le Père O’Reilly « Le Moine n’est pas un peintre maudit,  ce n’est pas non plus un mauvais peintre ni un peintre du dimanche. Si sa peinture est sage et consciencieuse,  ses toiles sont au moins fort bien construites». , En 1918,  il rentre à Papeete. Très malade,  il quitte la Polynésie et fait retour en France pour mourir à Sceaux en 1918.

 

Octave Morillot (1878-1931)

Officier de marine, Morillot met fin à sa carrière lorsqu’il découvre la Polynésie et plus précisément Taha’a, où il s’installe pour se consacrer à la peinture. Ses œuvres colorées et tourmentées laissent une large place aux nus aux formes pleines et aux paysages chargés d’exotisme. On reconnaît l’influence de Gauguin sur les couleurs pures.

 

Jacques Boulaire (1893-1976)

En 1937, Jacques Boulaire se marie et effectue son voyage de noces à Tahiti. Celui-ci devait durer un mois mais il y restera un an, repartira puis reviendra à plusieurs reprises pour des séjours prolongés.
A chaque fois, il dessine abondamment : maisons coloniales, graphismes des coquillages et crustacés, vahine, mais aussi paysages des atolls et des îles sous-le-Vent. Huiles, dessins, croquis, fusains, pastels, aquarelles, gouaches et gravures, il fixe toute la vie polynésienne en utilisant toutes les techniques.

 

Pierre Heyman (1908-1982)

Pierre Heymann, suédois né à Paris, suit son père à Tahiti en 1934 où il s’installe comme agriculteur à Papara. Inspiré par les scènes de la vie tahitienne, il dessine au fusain et à la gouache, sculpte le bois et grave la nacre.

 

Meretini RIPO (1922 – 2001)

Ses débuts en peinture commencent en 1940, à Bora Bora. Première femme polynésienne à pratiquer la peinture, elle se consacre d’abord à l’aquarelle. Elle participe au premier Salon de peinture de Tahiti en 1955 et fait son exposition personnelle à l’hôtel Stuart en 1957.

 

Robert Tatin d’Avesnières (1925-1982)

Robert Tatin d’Avesnières a quitté la Mayenne à 25 ans pour découvrir la culture et les traditions des Iles du Pacifique : Indonésie, Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, Polynésie nourriront son art, une peinture colorée à la fois radieuse et triste, figurative et imaginaire….

 

Jean-Charles Bouloc (1930 – )

Jean-Charles Bouloc étudie aux Beaux-Arts de Paris, puis mène une vie d’aventures et de voyages. En 1956, il participe à l’expédition ethnologique de Henri Lhote. Il arrive à Tahiti en 1962. Ses oeuvres ont pour thème unique la fillette polynésienne, mise en scène dans des compositions surréalistes où le réel côtoie l’imaginaire, le rêve, le jeu…

 

Exposition « Après Gauguin » : Pratique

– Au Musée de Tahiti et des îles

– Du 4 décembre au 24 mai

– Ouvert du mardi au samedi, de 9h à 17h

– Entrée : 600 Fcfp / gratuit pour les scolaires et les étudiants

+ d’infos : 54 84 35 – www.museetahiti.pf et sur Facebook : Musée de Tahiti et des Îles – Te Fare Manaha

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