N° 74 – Si les tiki pouvaient parler, ils vous diraient ceci…

Rencontre avec Viri Taimana, directeur du Centre des Métiers d’Art.

A l’occasion de l’exposition des enseignants et anciens élèves du Centre des Métiers d’Art, en octobre dernier, vous avez sans aucun doute été surpris par un tiki… parlant. Une sculpture animée imaginée par Viri Taimana, directeur du Centre des Métiers d’Art et réalisée avec le concours de Heipua Kelly et Ahitiri Borgomano. Ce tiki en dit encore plus long que son discours !

« Bonjour. Autrefois nous étions les réceptacles de nos dieux. Aujourd’hui, nous sommes des objets de curiosité. Mais n’ayez pas peur, nous ne sommes que les réceptacles de vos représentations mentales. »

« Kaoha. I na po omua o matou te apu’u ma’ama o to tatou tau etua. Matou te haina o to kotou mata kite tenei. Mea ‘a mo’i kotou e ha’ametau, o matou te apu’u ma’ama o to kotou koekoe ».

C’est le message du tiki aux visiteurs. Ses lèvres bougent au gré de ses paroles, ses yeux clignent et nous regardent. Oui, il s’agit bien d’un tiki qui parle. Une création originale qui résulte d’une idée aussi simple qu’inspirée : « et si on donnait la parole aux tiki ? », comme son titre l’indique : le collectif, pour ne pas dire syndicat…

« A partir de la spécificité d’une sculpture marquisienne traditionnelle, un tiki, associé à une installation vidéo, mon objectif était de faire prendre conscience aux élèves de la destinée de ces objets, explique Viri Taimana, directeur du Centre des Métiers d’Art. La valeur spirituelle des tiki hier a laissé la place à une valeur marchante aujourd’hui. Dans le même temps, certaines personnes ont toujours cette crainte du tiki, mais cela ne les empêche pas de les vendre. C’est paradoxal et c’est pourquoi je lui fais dire ‘N’ayez pas peur, nous ne sommes que les réceptacles de vos représentations mentales’. En d’autres termes, l’image du tiki les renvoie à leurs propres pensées… Et ne seraient-ce pas d’elles que les gens devraient se méfier ? »

En donnant une réalité virtuelle à ce tiki, il nous interroge sur notre perception et notre relation au patrimoine, mais aussi sur le statut de ces objets dont les usages changent pour s’adapter aux évolutions du temps.

 

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