Les étoiles du Conservatoire – Mars 2012

DOSSIER

 

Conservatoire Artistique de Polynésie française – Te Fare Upa Rau

 

Rencontre avec Frédéric Cibard, attaché de direction au Conservatoire, Hinatea Ahnne, Hugues Oopa, Hinavai Raveino, Amandine Clémencet et Joachim Villedieu.

 

Les étoiles du Conservatoire

 

Que ce soit pour les disciplines classiques ou traditionnelles, il y a plus d’aspirants que d’élus… A quoi ?  A l’obtention du DET et du DEM, qui valident et valorisent près de dix ans d’études au Conservatoire Artistique de Polynésie française. ‘Ori tahiti, violoncelle ou piano, les élèves doivent travailler dur pour y prétendre. Ceux qui y parviennent s’investissent dans leur discipline avec passion, malgré les difficultés et les doutes auxquels ils sont pour la plupart confrontés.

 

Qu’elle est longue, la route qui mène à la maîtrise de la musique, de la danse et des arts en général !

Même si aujourd’hui, au Conservatoire artistique de Polynésie -Te Fare Upa Rau, on ne parle officiellement plus de médaille d’or mais de DEM (Diplôme d’Etudes Musicales) ou de DET (Diplôme d’Etudes Traditionnelles) pour consacrer le niveau supérieur d’études proposé par l’établissement, l’or de la fin d’étude fait toujours rêver les plus passionnés des jeunes étoiles des arts traditionnels et classiques. La médaille d’or est en effet l’ancienne appellation de l’examen sanctionnant la fin des études musicales du troisième cycle des anciens conservatoires nationaux. Elle est désormais remplacée par des unités de valeur avec mention (bien, très bien, à l’unanimité, avec les félicitations du jury). Le Diplôme d’Etudes Musicales (DEM) est le plus haut diplôme musical français délivré par les conservatoires à rayonnement régional (CRR) ou départemental (CRD) comme Te Fare Upa Rau. Et depuis 2002, les élèves qui souhaitent obtenir le DEM doivent aussi avoir eu des récompenses dans plusieurs autres matières enseignées dans l’établissement, afin de compléter leur savoir dans le domaine de la musique (formation musicale, musique de chambre, etc.). Les diplômés peuvent se perfectionner par la suite durant deux années dans la matière pour laquelle ils ont obtenu leur diplôme, mais les cycles de perfectionnement ne permettent pas de valider un diplôme.

 

Une spécificité polynésienne : le Diplôme d’Etudes Traditionnelles

 

La spécificité de l’enseignement des arts en Polynésie française a permis, avec le temps, la création du DET, dont le cursus est construit sur le modèle du DEM, avec bien évidemment des variantes concernant la particularité du département (‘orero, culture générale, percussions et ukulele, chorégraphie). On obtient le DEM et le DET après avoir effectué trois cycles d’étude (environ neuf années), puis une année pour passer le CFEM (Certificat d’Etudes Musicales)… dont l’obtention ne suffit pas à ouvrir les portes des DEM/DET. Il faut, en effet, avoir une note minimale fixée à 16/20. Et pour les élèves qui ont parcouru durant des années un chemin fait de courage, de travail et de passion, c’est alors le moment de fouler la voie royale… Témoignages.

 

Du côté des arts traditionnels

 

Hinatea Ahnne, Médaille d’or de ‘ori tahiti en 2002

Elle a commencé la danse traditionnelle au conservatoire à tout juste 5 ans avec l’irremplaçable mamie Louise Kimitete et a gravi toute les marches des études : initiation, débutant, élémentaire, moyen, supérieur, DFE jusqu’à la prestigieuse et convoitée Médaille d’or. « Je l’ai obtenu en 2002, la même année que mon Baccalauréat, se souvient Hinatea. Il s’agissait de la dernière année où l’on pouvait obtenir la Médaille d’or, remplacée ensuite par le DET ; un diplôme plus complet incluant la validation d’autres disciplines (culture générale, ‘orero, chorégraphie) que j’ai également passé pour boucler la boucle. » L’examen en vue de la Médaille d’or – délivrée contre un 18 m’a dit Hinatea ??/20 minimum – consiste à présenter une chorégraphie imposée et une autre libre, entièrement imaginée par le prétendant. « Au Conservatoire, on ne peut jamais poser un pas ou un geste sans le relier à un sens. L’enseignement est basé sur ce principe. Et après plus de 10 ans d’étude au Conservatoire, je n’ai pas le sentiment d’avoir ‘fini d’apprendre’ : Mamie Louise est une source inépuisable et chacun de ses cours apporte une nouveauté ! Elle nous pousse dans nos retranchements et nous met en difficulté pour nous permettre d’évoluer, d’exprimer notre sensibilité. » Après sa Médaille d’or, Hinatea a mis à profit son expérience du ‘ori tahiti au sein de troupes de danse et notamment Temaeva, avec laquelle elle a remportée, en 2004, le prix Josie & Don Over au Hura Tapairu. « C’est là que j’ai appris le jeu de la création chorégraphique, mais sans jamais perdre de vue l’héritage transmis par Mamie Louise. J’ai accordé beaucoup d’importance à mes études au Conservatoire que j’estimais au moins aussi sérieuses que le cursus scolaire. Je me suis énormément investie, j’ai d’ailleurs davantage travaillé pour l’examen de la Médaille d’or que pour le Bac ! » Après une petite pause « forcée » dans la danse, Hinatea remontera sur les planches cette année lors du Heiva dans le groupe Hitireva, où nous attendons son grand retour avec impatience !  à tourner autrement peut être ? Elle est « de retour » depuis le Hura tapairu de décembre.

 

Ils préparent le DET en ‘ori tahiti cette année…

 

Hugues Oopa 

Son nom et son visage ne vous sont certainement pas inconnus : c’est normal, Hugues enseigne le ‘ori tahiti aux classes de garçon du Conservatoire depuis 2005 ! Originaire de Huahine, il a toujours baigné dans le milieu artistique et affiche une aisance hors du commun pour tout ce qui se rapporte aux arts traditionnels polynésiens. Bien que déjà professeur de danse, Hugues a souhaité, en quelque sorte, faire reconnaître son savoir-faire en passant les examens du Conservatoire. « C’est Mamie Louise qui m’a poussé dans cette voie, confie-t-il. J’ai dû repartir à zéro dans l’apprentissage ! Mais je ne regrette pas car c’est vraiment intéressant. La danse prend ainsi un tout autre sens. J’ai obtenu mon DFE l’an dernier et cela m’a déjà ouvert des portes : le groupe Hawaiien Tahiti Toa m’a récemment demandé de chorégraphier ses spectacles par exemple. Je trouve dommage qu’en ‘ori tahiti, peu de garçons soient allés jusqu’au bout. » Sont-ils moins nombreux ou moins motivés que les femmes ? Hugues n’a pas la réponse, mais ce qu’il sait, c’est qu’il sera l’unique garçon à présenter les examens du DET en mai 2012, ouvrant ainsi l’horizon à d’autres ! Car il sera suivi l’année prochaine par Tuarii Traqui, figure du renouvellement du ‘ori tahiti masculin, qui, en plus d’être un excellent danseur (meilleur Ori tahito tane au Hura Tapairu 2011) est aussi un élève sérieux du Conservatoire. En attendant, Hugues travaille dur pour réussir son DET, qui lui apportera, selon lui, crédibilité et assurance.

 

Hinavai Raveino

Certaines danseuses, par un subtil mélange de technique, de grâce et d’émotion, se démarquent des autres en hypnotisant le public. Hinavai a ce talent là. Il faut dire qu’en matière de ‘ori tahiti, la force d’expression compte autant sinon plus, que la méthode… Pour Hinavai, tout a commencé au Conservatoire il y a 12 ans. Depuis, elle n’a plus jamais quitté la salle de danse ! Cette année, à 19 ans, Hinavai prépare son DET et donne parallèlement des cours de ‘ori tahiti aux petites danseuses du Conservatoire. « La danse traditionnelle étant ma passion, je me suis dit pourquoi ne pas essayer d’en faire mon métier. Actuellement, Mamie Louise, Vanina et Moumoune me forment à la préparation des cours. Avoir le DET est très important pour moi, c’est un peu comme la consécration de toutes ces années ». La danseuse est également sur les planches lors du Heiva et du Hura Tapairu, dans les groupes Hitireva ou Toareva. « Lorsque tu es une danseuse du Conservatoire, les chefs comptent beaucoup sur toi, un peu comme si nous étions les ‘garants’ d’un certain savoir. »

 

Du côté des arts classiques

 

Amandine Clémencet, Médaille d’or de violon en 2005

La petite Amandine n’a que 5 ans lorsqu’elle entre au Conservatoire Artistique de Polynésie pour apprendre le violon. 20 ans après, elle est toujours là, mais de l’autre côté du miroir puisqu’elle y enseigne désormais sa discipline de prédilection. « Je savais que je voulais garder le violon dans ma vie, assure-t-elle. » Voilà qui est fait, mais cela n’empêche pas Amandine de se souvenir avec émotion de l’épreuve de la Médaille d’or : « Nous avions trois morceaux à interpréter, deux classiques et un plus contemporain. Des œuvres complexes, j’ai tellement travaillé pour être à la hauteur ! Mais quel plaisir de finir par sentir que l’on a progressé, que l’on commence à maîtriser son outil, à le manier comme on désire… Certes, l’apprentissage pour y parvenir est long, rigoureux et semé d’embûches. Mais la suite mérite vraiment toutes ces années d’études. »

 

Il prépare le DEM cette année…

 

Joachim Villedieu, violoncelle

Vous le connaissez ou le reconnaissez peut-être, car ce n’est pas la première fois qu’on le présente. Ce petit prodige du violoncelle n’a pas brûlé les étapes et pourtant, il présentera son DEM à seulement… 14 ans. « C’est très rare de  passer cet examen si jeune, avoue son professeur Simon Pillard. Mais il a une personnalité hors du commun qui transparaît dans sa musique. » Joachim a sauté 2 années, passé son CFEM en une année au lieu des 2 ou 3 habituelles qu’il a obtenu avec mention très bien et félicitations du jury. Bref, le musicien a un parcours atypique et probablement un certain don pour son instrument. « Joachim a toujours travaillé avec application et assiduité », nous révèle son papa. Le jeune virtuose donnera son premier concerto cette année, ce qui est assez exceptionnel, mais pas de quoi lui faire perdre la tête : Joachim prend les évènements avec simplicité et humilité et aspire avant tout à se faire plaisir.

 

 

EN BREF

Les cycles de la musique et des arts

 

L’enseignement musical dans les conservatoires à rayonnement régional (CRR) ou départemental (CRD) comme Te Fare Upa Rau est organisé en trois cycles. Le passage d’un cycle à l’autre se fait par un examen, généralement associé à un contrôle continu. Après avoir effectué et réussi les 3 cycles, les élèves passent le CFEM (Certificat d’Etudes Musicales). Il faut obtenir minium 17/20 pour prétendre au DET ou au DEM.

Pour un aperçu des cursus proposés au Conservatoire de Polynésie : www.conservatoire.pf

 

ENCADRE

Les premiers médaillés !

Vanina Ehu, professeur de ‘ori tahiti, en a été la première lauréate pour l’art traditionnel, en 1991.

La première médaille d’or du département classique a été accordée, en 1987, à Michel Collin en piano.

 

Vous aimerez aussi...