« La danse m’a donné tellement » – aout 2012

10 questions à

 

Marguerite Lai

 

« La danse m’a donné tellement »

 

1997, 1998, 2005 et 2012 : 4ème victoire de O Tahiti E pour ce 130ème  Heiva, porté par la charismatique Marguerite Lai qui a offert au public un spectacle dans lequel elle a mis toute son expérience, sa sensibilité mais surtout une grande émotion. La joie était palpable sur chacun des visages des danseurs : une symbiose parfaite cimentée grâce au génie de cette grande dame du ‘ori tahiti

 

Ton sentiment après cette 4ème victoire du Heiva ?

Une joie immense bien sûr ! Je crois que je ne réalise pas encore. On espère toujours gagner – on vient au Heiva pour cela d’ailleurs, puisque c’est une compétition – mais on ne s’y attend pas forcément.

 

Est-ce toujours la même émotion ?

Oui, peut-être qu’elle était encore plus forte cette année car j’ai travaillé pour la première fois sans chorégraphe. Je suis revenue aux bases de O Tahiti E, magistralement exprimées par des danseurs de qualité. La victoire du Heiva est le résultat d’un travail communautaire qui demande rigueur et respect. J’ai véritablement une équipe sur laquelle je peux compter et réciproquement.

 

Qu’est-ce qui a fait la différence d’après toi ?

L’expérience, peut-être. J’ai vraiment essayé de coller au règlement tout en réfléchissant aux tendances… Mais surtout et avant tout, je veux exprimer l’amour de ma culture. Après avoir créé O Tahiti E, j’ai attendu 10 ans avant de me présenter au Heiva. On m’incitait à participer, mais non, je voulais être certaine que mon groupe et moi-même étions prêts. Aller au Heiva est un moment important ; les racines doivent être suffisamment solides. Il ne s’agit pas d’aller chercher la gloire : elle ne peut venir que si tu es mûr. C’est un travail énorme dans lequel il faut donner le maximum.  Il est bien beau de gagner, mais il faut assumer ensuite.

 

Peux-tu nous expliquer le choix du thème, « Te tapuni », l’escapade ?

Cela faisait un moment que je souhaitais proposer à Simone Grand d’écrire le thème d’un de nos spectacles. Elle m’a proposé ce sujet, qui m’a touché car il suggérait beaucoup de choses. C’est une histoire concrète, qui fait toujours partie de la vie aux Tuamotu. De quoi être inspirée, d’autant que ça se passe chez moi.

 

Quelles sont tes sources d’inspiration pour les chorégraphies, les costumes, etc. ?

La nature, tout simplement ! Le premier tableau de notre spectacle du Heiva est clairement inspiré du ballet des poissons dans une passe, avec des costumes de kere teinté aux couleurs des écailles… J’essaye de me connecter à ce qui m’entoure. Inutile de regarder ailleurs, nous avons dans notre environnement tant de merveilles : une fleur, un arbre, une plante sont autant d’idées pour les costumes ; leur mouvement et leur lumière amènent mille et une chorégraphies. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux.

 

Quel bilan tires-tu de ce Heiva et de tous les autres ?

Je remercie l’Univers – je ne saurais le dire autrement – de nous donner autant ; je remercie toutes les personnes qui m’ont bousculée, aidée, soutenue car c’est ainsi que j’ai pu me trouver.

 

Qu’as-tu pensé des jeunes formations Hura ava tau ?

C’est superbe, ils portent haut les couleurs de notre belle culture. Je souhaiterais simplement leur dire de continuer à s’inspirer de la réalité qui les entoure, de ne pas aller chercher ailleurs ce qu’ils ont, de toujours regarder leur histoire et leur environnement pour compléter leur réflexion. Notre richesse est là.

 

Des projets à venir ?

Aller jusqu’au bout du spectacle Tahiti’a mai, qui a encore quelques représentations. C’est une expérience magnifique mais très difficile. Et puis il va y avoir le mini Heiva, les représentations dans les districts… La commune de Rangiroa souhaiterait que l’on vienne danser « Te tapuni » là-bas… Il va falloir s’adapter. C’est comme si tout ne faisait que commencer !

 

Un souvenir marquant dont tu souhaiterais nous faire part ?

Il y en a trop. La danse m’a donné tellement. Moi qui sortais de mon quartier de la Mission, j’ai été amenée à rencontrer des personnalités du monde entier grâce au ‘ori tahiti. J’ai compris que j’étais une sorte de « canal », porté par l’amour sincère de ma culture.

 

Un message pour la fin ?

Plutôt des remerciements : Kelly Terorotua, Teva et Taero Jamet, Mereani Tumahai, Poemoana Teriinohorai, Tumata Vairaaroa, Lynda Rattinassamy, Nora Manu, Apetahi Duchemin, Marie-Hélène Villierme, Simone Grand et tous les fidèles éléments de O Tahiti E sans qui rien ne serait possible !

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