Portraits de groupes

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Le Musée de
Tahiti et des Iles propose du 25 août au 24 septembre l’exposition itinérante « Kanak, portrait de groupe » du reporter Patrick Mesner, réalisée dans le cadre de « 2011, année des outre-mer français ». Le journaliste photographe s’est immergé de 1996 à 2001 auprès de cette population, à une époque charnière de leur histoire. Toutes aussi charnières, les œuvres présentées par les élèves diplômés du Centre des Métiers d’Art en juin dernier. Objets de technique et de réflexion, ils marquent le début de leur carrière d’artisan d’art qualifié.

Conçue par le musée d’Angoulême, et prévue pour l’itinérance, l’exposition « Kanak, portrait de groupe » prend place dans le cadre des manifestations « 2011, année des Outre-mer français » organisée par le Ministère de l’Outre-mer. D’envergure nationale, elle vise à une meilleure connaissance des territoires français entre-eux. Pour répondre à cette ambition, l’exposition a été conçue comme itinérante. Elle a tout d’abord été présentée au public métropolitain au musée d’Angoulême, qu’elle a quitté pour gagner le musée des cultures guyanaises de Cayenne (Guyane) en mars, poursuivant naturellement son voyage au Musée de Tahiti et des Iles, qui a souhaité proposer au public ce regard original sur nos cousins calédoniens.

Qui est Patrick Mesner ?

Photographe et journaliste, spécialiste du monde océanien et maghrebin, Patrick Mesner est parti entre 1996 et 2001 en Nouvelle-Calédonie, période de mutation pour ce pays – les premiers transferts de compétence de l’état français au territoire calédonien – durant laquelle il réalise des séquences de vie très forte. « D’un portrait, d’un paysage, d’une situation à l’autre, la question, cruciale pour la Nouvelle- Calédonie, est posée : que reste-t-il des forces kanak d’antan pour faire face à l’avenir ? Principalement, des liens. (…) Tous les visages ici montrés attestent d’une expectative sous haute tension, dans l’attente d’un monde meilleur. (…) Si l’identité du peuple kanak est devant lui, quelle est donc cette identité de demain ? Patrick Mesner scrute cette plaie ouverte de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie profonde. », écrit Alban Bensa, anthropologue spécialiste de la Nouvelle Calédonie.

Regards croisés

Le travail documentaire de Patrick Mesner dénote une volonté d’embrasser l’ensemble du monde kanak contemporain. Ses photographies sont tantôt des scènes du quotidien d’hommes et de femmes kanak, tantôt des mises en scène de personnalités. La photographie soulève la question du regard : le regard qu’un occidental pose sur cette société, mais en filigrane, on perçoit également le regard posé par les Kanak sur leur propre société, leur histoire. Les images photographiques de Patrick Mesner ne laissent pas indifférent, elles font surgir des questionnements, créent parfois un certain malaise en interrogeant les conséquences de l’impérialisme colonial français. En ce tournant de siècle, le photographe est parvenu à saisir différentes facettes de la culture kanak, parfois antagonistes, souvent émouvantes et toujours d’une grande pertinence : la coutume face à l’émancipation des générations nouvelles ; le partage face à l’individualisme ; l’oralité face à l’écrit ; le monde naturel et des esprits ancestraux face à la ville et ses croyances monothéistes… A la veille du référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en 2014, cette exposition est résolument axée sur la présentation de la société kanak contemporaine et sa complexité.
Les 81 clichés sont mis en scène le long d’un parcours original qui en révèle toute la richesse, à travers trois axes de lecture : « Croire », « Apparaître » et « Exploiter ».

ENCADRE

Pour y voir plus clair, quelques repères historiques :

– 26 juin 1988 : signature des accords de Matignon entre Jacques Laffleur, leader loyaliste et Jean Marie Tjibaou, du FLNKS (Front de Libération National Kanak Socialiste) sous l’autorité de Michel Rocard, premier ministre de la France.

– 4 mai 1989: assassinat de Jean Marie Tjibaou et de son bras droit, Yeiwéné Yeiwéné, par un indépendantiste hostile aux accords.

Pendant dix ans, la Nouvelle-Calédonie panse ses plaies et tente de vivre en paix.

– 1998 : signature de l’accord de Nouméa qui prévoit pour dans vingt ans 3 référendums afin d’inviter les populations à choisir un destin commun.

Mise en place du premier gouvernement de Calédonie.

– 2000 : premiers transferts de compétences de la France à la Nouvelle-Calédonie.

ENCADRE

« Kanak, portrait de groupe » :  PRATIQUE

– Salle d’exposition temporaire du Musée de Tahiti et des Iles

– Du 25 août au 24 septembre

– Du mardi au samedi, de 9h30 à 17h30

– Entrée : 600 Fcfp / gratuit pour les moins de 18 ans et les scolaires

+ d’infos : 54 84 35 – www.museetahiti.pf

Remise des diplômes au Centre des Métiers d’Art

Vendredi 24 juin a eu lieu la superbe soirée de remise des diplômes au Centre des Métiers d’Art, récompensant l’investissement de cinq élèves visiblement heureux de voir le résultat de leurs trois années d’apprentissage mis à l’honneur. Le public est venu nombreux admirer les oeuvres de Steeve Terou et Tahurai Iputoa en bijouterie, Vaihere Tauraa, Maili Taora et Rainui Tereopa en sculpture*. Des créations originales et uniques qui ont beaucoup intéressé les membres du jury, composé de professionnels reconnus : Frédéric Missir et Sylvana Deane pour la bijouterie, P’tit Louis et Claude Morlot pour la sculpture. Ils ont souligné la qualité artistique de leur travail, parvenant à matérialiser les formes du patrimoine polynésien dans une démarche contemporaine et innovante. Pour féliciter les diplômés comme il se doit, des artistes d’un autre genre ont animé la soirée : la chanteuse Taloo (également élève au CMA), le groupe de danse Nonahere et les impressionnants Marquisiens de la troupe Toa Huhina. Un événement réussi à tous les niveaux donc, qui a permis de réaffirmer la qualité de l’enseignement proposé au Centre des Métiers d’Art. Celui-ci forme ses élèves à la pratique de l’art polynésien tout en leur donnant à élargir leurs perspectives grâce à de nombreuses rencontres avec d’autres artistes, professeurs ou personnalités culturelles d’ici et d’ailleurs.

 

* Pour une approche détaillée des œuvres, voir Hiro’a 45 (juin 2011), rubrique « Culture bouge ».

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