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La naissance du monde polynésien

Par • 2 mai, 2011 • Catégorie: Trésors vivants


« Dis papa, et chez nous, comment le Monde a-t-il été crée ? » Il a suffi que sa fille lui pose cette question pour que Jean-Marc Pambrun se mette à écrire un livre, se trouvant bien incapable, avoue-t-il, de lui répondre sur le vif avec certitude et aisance… Quelques mois plus tard est paru « La naissance de Havai’i », un récit clair et limpide pour mieux comprendre le mythe fondateur.

« Un jour, ma fille âgée de 14 ans (…) m’a demandé de lui raconter la création du monde dans la conception tahitienne. J’ai commencé par lui parler de Ta’aroa, né de Rumia (…). Puis très rapidement, je me suis trouvé embarrassé pour donner à ma narration un développement qui se tienne et une fin plausible. J’ai abrégé mon récit, certainement comme beaucoup de parents, face à ma propre ignorance. »

Ainsi est né cet ouvrage original et nécessaire pour l’accès à la connaissance de la mythologie polynésienne. Auparavant, le seul texte de référence sur la création selon Ta’aroa se trouvait dans « Tahiti aux temps anciens », de Teuira Henry. Un récit dense et relativement opaque, il faut l’avouer. En outre, l’école ne donnant pas à étudier cette partie de l’histoire polynésienne, comment en prendre connaissance ? Jean-Marc a souhaité apporter au grand public un texte limpide et cohérent de cette histoire fondatrice, à la lumière d’une approche moderne des éléments puisés dans « Tahiti aux temps anciens ». « Je n’ai pas la prétention de vouloir rétablir la vérité, affirme l’auteur (…). J’ai seulement souhaité faire partager une vision, des principes, des valeurs et des sentiments qui façonnent à n’en pas douter les fondements de la civilisation polynésienne et forgent notre identité. »

Les trente planches de ce récit sont toutes illustrées par des dessins originaux de Jean-Luc Bousquet, ténébreux et évocateurs de la puissance de la création à partir du néant. Le travail remarquable de ces deux penseurs, l’un par le Verbe, l’autre par l’Image, nous livre avec respect et profondeur une partie de la genèse du monde polynésien. L’ensemble est traduit en tahitien par Winston Pukoki, de l’Académie Tahitienne.

« Tu seras nommée Havai’i ! »

Selon la conception cosmogonique polynésienne, le Monde se serait formé au cours de millions d’années. D’abord est née Havai’i, la terre, le berceau ; les dieux, les astres et les oiseaux, puis le premier être humain et enfin la lumière. Au début est la grande nuit originelle et chaotique, le po. Dans ce néant flotte Rumia, l’œuf cosmique où est lové Ta’aroa, le dieu unique et incréé. Ta’aroa grandit, se développe, devient enfant puis jeune homme, et s’ennuie. Il brise l’œuf et crée de sa propre substance le roc, le sable, les écailles des poissons, les chaînes de montagnes, les océans, les lacs et les rivières, l’arc-en-ciel, les arbres et les buissons, les anguilles et les langoustes. Le berceau de la vie était prêt à accueillir l’homme, la femme et les autres animaux de sa création. « Havai’i, l’espace invoqué qui remplit, le sol de fondation de Vae-a-ra’i ; Hava’i, morceau de la croûte des cieux ; Havai’i pays d’apparition des dieux ; Lieu d’éclosion des astres et des ari’i ».

encadré

Ta’aroa, source d’inspiration par-delà le ciel polynésien

« Quelle religion que l’ancienne religion océanienne. Quelle merveille ! Mon cerveau en claque et tout ce que cela me suggère va bien effrayer », écrit Paul Gauguin suite à sa découverte de la naissance du monde polynésien. D’hier à aujourd’hui, l’histoire de Ta’aroa a interpellé la littérature occidentale pour sa richesse, son exotisme aussi.

Jacques-Antoine Moerenhout, consul des Etats-Unis à Tahiti de 1834 à 1838,  a écrit un ouvrage intitulé Voyage aux îles du Grand océan. Les lecteurs contemporains se passionnèrent pour les chapitres sur l’ancienne civilisation tahitienne, dont la création du monde polynésien qu’il décrit avec précision – d’autant que c’était la première publication en français si riche sur le sujet. Moerenhout ouvrit ainsi la voie à Gauguin qui dans  »ancien culte maohrie » reprend la genèse polynésienne pour laquelle l’artiste a eu un coup de foudre. Les croyances, l’organisation religieuse et la cosmogonie polynésiennes deviendront une source d’inspiration importante dans ses écrits et sa peinture.

Même Leconte de Lisle, poète à la recherche d’une voix originelle, écho des civilisations oubliées, a été séduit par la manière dont Ta’aroa se change en Univers.

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