Moemoea reprend vie

[singlepic id=731 w=250 float=left]
Vous n’avez certainement pas oublié l’hommage rendu à l’artiste Léon Taerea en 2008 à la Maison de la Culture tant celui-ci fut émouvant, notamment grâce à un spectacle unique en son genre : « Moemoea », de l’école de danse Annie Fayn et du groupe Toa Reva. Avec talent et grâce, danse classique et traditionnelle fusionnaient pour donner vie aux encres de Chine si poétiques de Léon Taerea. Ce spectacle surréaliste aux frontières des arts revient en mars au Petit Théâtre de la Maison de la Culture.

Original, esthétique, émouvant, inspiré, féerique… On manque encore d’adjectif pour qualifier ce spectacle de danse atypique. Imaginez un ballet d’après des encres de Chine : un défi inédit pour le moins osé relevé avec virtuosité par les chorégraphes Marion Fayn et Manouche Lehartel, qui ont créé une oeuvre où la danse contemporaine et traditionnelle s’épousent sans contradiction.

De « Hina et la capture du soleil » à « Un secret dans les mape » en passant par « La femme aux poissons volants », l’univers mythologique qui peuple les tableaux de Léon Taerea prend forme grâce aux danseurs, qui deviennent des parties intégrantes des toiles, des corps parmi les décors. L’art corporel au service de l’art graphique, ou peut-être est-ce l’inverse, on perd ses repères, on ne se questionne même plus tant l’ensemble ne devient qu’harmonie dans les fresques de ce spectacle.

Moemoea nous entraîne dans l’imaginaire de Léon Taerea et restitue avec beaucoup d’émotion et d’authenticité les impressions émanant de ses encres de Chine, qui prendront vie une seconde fois le temps de 9 soirées uniques, réédition très attendue. Il faut dire que le premier Moemoea fut joué à guichet fermé durant les 4 représentations, et que la réussite du spectacle a eu un écho retentissant auprès du public.

 

Une belle rencontre

 

Il y a quelques années, Annie et Marion Fayn avaient succombé à la beauté du recueil de Léon Taerea, Hina, rêves, poésies et nature polynésienne, ainsi qu’à la finesse de la personnalité de l’auteur, rencontré peu après. Ensemble, ils avaient évoqué l’idée de créer un spectacle qui « danserait ses dessins ». Mais Léon Taerea est parti beaucoup trop tôt ; Annie et Marion Fayn monteront le spectacle non plus avec lui mais en son hommage.

Une élaboration intense

 

Marion Fayn, danseuse et chorégraphe, réfléchissait à la création de Moemoea depuis 3 ans. « Je prenais mon temps car je voulais être à la hauteur des attentes de Léon, il souhaitait qu’on le surprenne », explique-t-elle. Le décès brutal de l’artiste ne lui laisse plus que 3 mois pour mettre en scène le spectacle, avec la même contrainte de respect et d’implication. Mais comment traduire en mouvement ce qui est figé à l’encre de Chine ? Comment donner corps au foisonnement du détail si caractéristique des œuvres de Léon ? Quelle forme de danse pourrait coller à la fois à sa contemporanéité et à son univers mythique ? La démarche n’est pas évidente mais Marion, qui a eu un véritable coup de foudre artistique, « voit » les tableaux s’animer. Ne reste plus qu’à faire passer aux danseurs son ressenti et les chorégraphies qu’elle imagine. 70 heures de répétitions seront nécessaires et bien plus de réflexion préliminaire… « Il m’est apparu évident que deux langages de danse devaient se côtoyer : contemporain et traditionnel. Le premier, pour la fluidité, la liberté et la richesse des mouvements ; le second, en rapport avec le contenu des œuvres de Léon, qui s’appuie sur les mêmes références culturelles que le ‘ori tahiti. Il a fallu trouver un accord respectant les deux styles, et c’est grâce à Manouche Lehartel, directrice du groupe Toa Reva, que nous y sommes parvenu. Elle a su se plonger de manière efficace et rapide dans ce projet. »

 

Choc artistique

 

Avec leurs caractères affirmés et leurs convictions, chacune des deux écoles a néanmoins dû être à l’écoute de l’autre dans l’élaboration des chorégraphies, faire des concessions aussi, afin de ne pas trahir leur identité respective tout en osant être audacieux. C’est d’ailleurs ce qu’il y a eu de plus complexe, avoue Manouche. « Le mélange des genres est intéressant à condition qu’il reste cohérent. Techniquement, les deux danses sont quasiment incompatibles ! En traditionnel, même si on peut prendre des libertés, on ne peut pas – on ne doit pas – exécuter certains mouvements. Chacun a du trouver sa place pour parvenir à un résultat. Les débuts des répétitions ont été périlleux et douloureux, poursuit la directrice de la troupe Toa Reva. Il y avait de la pudeur, de la distance entre les deux formations. Et puis au bout de plusieurs séances, comme par magie, ça  a commencé à ressembler à quelque chose ! A partir de ce moment j’ai été sereine pour la suite, je savais que le spectacle marcherait. Marion a réellement accompli un travail remarquable à tous les niveaux, logistiques comme artistiques. » Une équipe motivée, des danseurs au point, mais d’autres « détails » ont leur importance : la musique, les costumes et le décor. D’autres aventures à consolider avec le même souci d’exigence… « Ces aspects devaient être en parfaite connexion avec le dessin de Léon », précise Marion. « Le choix de la musique nous a pris du temps. Ce sont finalement certains morceaux de la Bande Originale du film Microcosmos que nous avons retenus. Les mélodies sont envoûtantes et évoquent à merveille le ‘petit monde’ qui se trouve à nos pieds, comme celui qui évolue dans les oeuvres… L’orchestre traditionnel est venu habiller avec originalité cette musique et donne l’impression d’un tout. Pour les décors, des parties des dessins de Léon ont été imprimées sur des cubes, de façon à pouvoir les changer facilement en fonction des scènes. Quant aux costumes, on a tenu à rester dans le noir et blanc de ses encres ». Mais tout y figure : les papillons, les marara*, les oiseaux, le soleil, la lune, les feuillages, les racines… La richesse de la nature est également représentée par une variété de costumes impressionnante de finesse et de créativité, tout comme l’ensemble de ce spectacle novateur.

 

ENCADRE

Mylène Raveino, confidente de l’école Annie Fayn pour l’élaboration de Moemoea

Mylène a rencontré Léon Taerea il y a près de 27 ans, alors qu’il enseignait le dessin au Centre des Métiers d’Art. Immédiatement séduite par la sensibilité et le trait de l’artiste, ils vont travailler ensemble aux deux recueils de Léon, dont Mylène écrit avec pertinence et poésie les textes accompagnant les secrets des dessins. « Ce qui me fascinait chez Léon, c’est, d’une part, sa connaissance exceptionnelle de la nature, et d’autre part sa rigueur dans le détail. Cet observateur incroyable passait des heures en montagne à scruter la nature… Il dessinait un arbre, une feuille, un fruit jusqu’à pouvoir le reproduire d’instinct. » Lorsque Marion Fayn est venue lui parler de son projet de spectacle de danse, Mylène a trouvé l’idée géniale. « D’abord, je savais que Léon était partant pour cette aventure, ensuite, la qualité de tous les intervenants ne pouvait que servir admirablement ses œuvres et au-delà, leur donner corps dans une autre dimension ».

 

Où et quand ?

– Au Petit Théâtre de la Maison de la Culture

– Les 11, 12, 13, 18, 19, 20, 25, 26 et 27 mars, à 19h30 et 18h30 les dimanches

– Tarif : 3 000 Fcfp / 2 500 Fcfp pour les groupes à partir de 10 personnes et les CE / 2 000 Fcfp pour les jeunes et étudiants

– Renseignements au 544 544

+ d’infos : 544 544 – www.maisondelaculture.pf

 

 

* Marara : poisson volant.

Vous aimerez aussi...