De la tradition à l’avenir

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Près de 600 élèves et enseignants de Te Fare Upa Rau préparent depuis plusieurs semaines leur événement de la fin 2010 : la grande journée portes ouvertes du département d’arts traditionnels du Conservatoire, qui se tiendra pour la première fois dans les magnifiques jardins de Paofai, le mercredi 15 décembre. Un évènement très populaire qui va bien au-delà du simple apprentissage. L’engagement sans retenue de tous les élèves dans leurs propres disciplines – ‘ori tahiti, percussions, chants et orero, etc. – témoigne d’un art vivant, qui, sans jamais renier son histoire, trace son avenir grâce à un enthousiasme, une imagination et une envie de créer auxquels les enseignants laissent libre cours. Ou quand la culture épouse la création.

Qu’est ce qu’un conservatoire, si ce n’est une communauté artistique bouillonnante d’énergie ? Ecole de danse et de musique du Pays, Te Fare Upa en est le parfait exemple. C’est donc le lieu rêvé pour expérimenter outre tous les legs de la culture, une part plus personnelle, essentielle à la continuité d’un art en perpétuelle évolution.

Danser et vibrer en se fondant dans le groupe, en émerger pour exécuter un solo, écouter l’autre, lui répondre, être en symbiose. Saisir avec les sens, interpréter avec le corps. Témoigner. Exprimer. Voici ce que permet cette belle communauté, forgeant les danseuses, danseurs et chorégraphes de demain.

Deux élèves du département des arts traditionnels* du Conservatoire partagent avec nous leurs parcours au sein de cette maison trentenaire. On y découvre qu’outre le plaisir immédiat que procure la pratique des arts traditionnels, ils soulignent l’importance du partage avec les autres – camarades, parents, amis, mais aussi le public, restant à conquérir lors d’un spectacle. Et l’on retrouve également l’envie d’aller plus loin.

Tuarii, étudiant en Tahitien à l’Université

Au Conservatoire en arts traditionnels depuis 3 ans, il reste encore 3 ans à Tuarii avant de passer son DET**, ultime consécration des étudiants. Il a commencé la danse à tout juste 16 ans, dans le groupe Toa Reva, lors d’un Heiva. « Je n’avais pas envie de danser », avoue-t-il, « j’y ai d’abord été contraint par ma mère. Et ça a changé toute ma vie ! » Une véritable révélation… L’expérience du groupe, de la scène, du public a donné des ailes à Tuarii, qui, pour la première fois s’est senti fier de sa culture. « A l’issue du Heiva, je me suis mis à penser comme jamais auparavant. J’ai voulu apprendre ma langue, mon histoire, et poursuivre la danse ainsi que la musique. Aujourd’hui, je ne sais pas encore quel sera mon métier mais il sera forcément au service de ma culture, car je souhaite me battre pour la préserver et la promouvoir, notamment auprès des jeunes. Ce n’est pas un hasard si on appelle la culture ta’ere en tahitien, car elle est notre fondement et notre guide. »

Une détermination rare pour un jeune homme de 19 ans, qui ne brûle pas les étapes.

Tuarii prépare donc son 3ème gala avec le Conservatoire, « un moment important dans la vie de l’école, des élèves et des professeurs, car on montre le fruit de nos efforts collectifs au public. Nous devons être au ‘top’ pour cette représentation, d’autant que nous sommes notés dessus. La préparation est intense, les répétitions se multiplient et il faut s’harmoniser avec les différents niveaux, filles et garçons confondus. C’est aussi un bon exercice de la scène, moment unique où l’on donne réellement le meilleur de soi », résume-t-il. Grâce à l’enseignement rigoureux que Tuarii reçoit au conservatoire – « Vanina, Moumoune et Hugues sont très exigeants et aussi très disponibles pour nous ; quant à Mamie Louise, elle est une vraie encyclopédie sur deux pieds, mais elle nous apporte surtout des leçons de vie » -, notre brillant étudiant a souhaité se lancer dans une autre aventure de taille : il a repris depuis quelques mois, avec sa petite amie médaillée d’or du Conservatoire, Teruria Taimana, le flambeau de Toa Reva. Le jeune couple se prépare au Hura Tapairu, en décembre à la Maison de la Culture. Chorégraphies, musiques, costumes, répétitions etc., ils gèrent pour la première fois la direction artistique et logistique d’un groupe pour affronter le monde du concours de ‘ori tahiti ! Une expérience il est vrai « difficile, prenante et stressante », ne cache pas Tuarii, mais qui le mettra vite face à la réalité d’un univers aussi riche que complexe. La relève est assurée.

Vaihere, professeur de lettres

Elle a commencé les cours de danse au Conservatoire à 14 ans, et après une pause de plusieurs années, elle a retrouvé le chemin de Tipaerui afin de passer son DET, qui comprend, outre le ‘ori, le to ere, le ‘orero, les percussions, le chant et la culture générale. Un diplôme complet « difficile mais qui valorise le travail, la rigueur et l’implication des professeurs du Conservatoire autant que celui des diplômés », garantit-t-elle. « Tous les cours proposés à côté de la danse complètent la formation, car il ne suffit pas de bien danser – techniquement parlant, il faut aussi connaître les multiples visages de sa culture pour l’exprimer avec justesse et sensibilité. » Lors du gala du Heiva du Conservatoire, Vaihere et son fils Aihau avaient d’ailleurs présenté un ‘orero très émouvant à partir d’un poème de Henri Hiro, discours d’une mère à son enfant. Car transmettre fait partie des principes de Vaihere, la culture étant selon elle « un enseignement sur la vie, une façon de partager, de communiquer ». Pour y répondre, elle a créé il y a 4 ans une école un peu spéciale, à mi chemin entre la pratique des arts et la philosophie, véritable pont entre les pratiques traditionnelles et les expressions plus modernes : Te Ao e Reva, à Faa’a. « Nous sommes une vingtaine d’adultes, j’enseigne la danse, le ‘orero, le chant, les percussions et l’art des cérémonies. Tous ces modes d’expression communs font appel à notre histoire mais aussi et surtout à notre vécu. Nous travaillons sur le ressenti, l’interprétation que nous donnons aujourd’hui de notre culture. » La troupe présente son travail lors des manifestations culturelles (Matari’i, etc.). « Mon cursus au Conservatoire me permet d’enseigner juste, tout en proposant autre chose ».

*Le département des arts traditionnels du CAPF est dirigé par Mme Vanina EHU.

** DET : Diplôme d’ArtsTradtionnels.

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