Pour ne jamais oublier les himene tarava…

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Vous connaissez tous Mama Iopa, professeur de chants traditionnels au Conservatoire Artistique de Polynésie française. Profondément attachée à cet art qu’elle contribue à faire vivre auprès de nos jeunes enfants, elle ne se contente néanmoins pas de l’enseigner. Mama Iopa a en effet entrepris depuis plusieurs années un chantier d’envergure : la transcription des tarava en notation occidentale sur des portées…

Mama Iopa accomplit pour les tarava un véritable travail de fond, aussi rigoureux que nécessaire. Pourtant, personne ne le lui a demandé : elle le fait pour elle, pour les générations à venir, par amour de sa culture. Comme une petite fourmi, Mama Iopa gratte des dizaines et des dizaines de notes sur des partitions, réunies dans « son cahier de musique », déjà presque complet. Un véritable trésor sur le himene et pour la continuité de ce patrimoine unique, qui n’a jamais fait l’objet de recueil.

Pourquoi fais-tu ce travail ?

Jusqu’à aujourd’hui, les tarava se transmettent oralement. De moins en moins de personne s’intéresse au chant traditionnel. Je crains qu’à terme et faute d’intérêt, on oublie définitivement nos tarava. Le fait de les écrire sur des partitions permettra de les conserver. D’autre part, transcrire une chanson ou musique, ce n’est pas seulement la sauvegarder définitivement, c’est aussi la préserver de la libre interprétation parfois préjudiciable à l’authenticité.

Techniquement, comment procèdes-tu ?

J’écris les partitions voix par voix, au nombre de 9 dans un tarava (voir notre encadré). Tous les himene sont construits avec ces différentes voix, associées à des mélodies précises et qui s’équilibrent les unes avec les autres. J’ai eu la chance d’apprendre le solfège il y a bien longtemps, ce qui me permet de traduire une sonorité en notes et ainsi de la figer.

Quel est ton souhait pour l’avenir des tarava ?

Qu’on les prenne davantage à cœur, et plus sérieusement. Ma grande inquiétude est de ne trouver personne à qui léguer mon savoir sur les himene. Les cours du Conservatoire, à ce titre, sont indispensables. Mais il faut une passion et une patience sans borne pour appréhender cet art dans sa complexité et profondeur.


Le himene tarava, c’est quoi ?

Il existe trois sortes de himene : le tarava, le ru’au et le ‘ute. Le tarava est le chant le plus complexe. Interprété par tout le groupe de chant – entre 60 à 80 chanteuses et chanteurs – il est dirigé par le ra’atira (chef de groupe). Ode à la nature, à sa beauté et ses bienfaits, récit d’une légende, d’une histoire glorieuse ou célébration des dieux, le tarava s’exprime tout en poésie. On distingue les tarava en fonction des archipels d’où ils proviennent : Tahiti, Raromatai (îles Sous-le-Vent) et Tuhaa pa’e (Australes), car les légendes, les histoires et les traditions qu’ils évoquent sont spécifiques à ces îles.


Les voix des tarava Tahiti et Raromatai

faa’ara’ara : voix féminines qui ouvrent le chant

tamau raro : voix féminines hautes

tamau ni’a : voix féminines basses

perepere : voix féminines aigues qui rythment le chant

mape’e : voix féminines et masculines en même temps

tuo : voix masculines

ha’u : voix masculines très graves, qui sont soufflées et rythment le chant

huti : voix féminines

fa’ahoro : voix masculines

Tarava Tuhaa pa’e : idem, sans le huti et fa’ahoro.

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