Rechercher, jouer, archiver, valoriser… Les pehe sont chouchoutés !

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En août dernier avait lieu une journée « historique » à sa manière au Conservatoire Artistique. L’orchestre traditionnel effectuait sa première séance d’enregistrement de pehe, grâce aux moyens techniques de la Maison de la Culture déplacés pour l’occasion. La 3ème étape de cette formidable aventure, vous la découvrirez sur www.hiroashop.com. Allez, on vous en dit un peu plus…

Si les établissements culturels du pays travaillent de concert pour la réalisation du magazine Hiro’a, ce n’est pas leur unique lieu de coopération. Attachés à leur mission de sauvegarde et de valorisation du patrimoine polynésien, ils n’hésitent pas à mutualiser leurs compétences et moyens pour remplir celle-ci. Le projet dont nous allons vous parler dans ce dossier en est une parfaite illustration !

Le constat est simple : certains trésors de notre culture, comme les pehe, ces phrasés rythmiques traditionnels, vont bientôt tomber aux oubliettes si on ne les préserve pas. Le Conservatoire les a recensés et ils sont au nombre de 47. Pehe simples, complexes, composés, répondant à des noms parfois insolites (Samba, Australie, Bounty)*, si aujourd’hui les orchestres traditionnels en jouent toujours certains, il n’existe aucun enregistrement permettant d’écouter la spécificité de chacun de ces pehe. D’où l’idée du Conservatoire, de la Maison de la Culture et de l’Institut de la Communication Audiovisuelle d’entamer un grand chantier d’archivage des musiques traditionnelles. Le Conservatoire dispose en effet du contenu, la Maison de la Culture de la technique et du matériel sonores et enfin l’ICA, des infrastructures de conservation et de diffusion numériques.

Leur but : conserver et rendre accessibles au plus grand nombre ces musiques indissociables du patrimoine polynésien.

« Bien que très affectés par une situation financière difficile, nous trouvons d’autres formes de ressources pour travailler », avoue Fabien Dinard, Directeur du Conservatoire Artistique de Polynésie française. Cet état d’esprit, tous les directeurs le partagent, leur permettant de continuer à répondre aux besoins, si nombreux, de la culture.

Quand la tradition rencontre la technologie

Les pehe qui ont été enregistrés en d’août dernier par le célèbre orchestre de percussions traditionnelles de Te Fare Upa Rau*, ont été extraits du dernier grand gala du Conservatoire. Les musiciens ont dû répéter ces pehe une semaine entière, avant de les interpréter.

De l’avis de Heremoana Maamaatuaiahutapu, Directeur de la Maison de la Culture, l’enregistrement est d’une qualité rare.

La suite des enregistrements, prévue d’ici décembre, concernera des pehe dits historiques. Il est à l’heure actuelle possible de remonter à plus de 50 ans, suite à la redécouverte récente d’une cassette signée Guilbert. Gaston Guilbert est un véritable pionnier en la matière et a créé dans les années 1950 une des premières sociétés de production cinématographique de Polynésie, ainsi qu’un studio d’enregistrement.

Une fois que tous les enregistrements seront numérisés, ils seront conservés et mis en ligne par l’ICA sur la boutique www.hiroashop.com, le nouveau site de vente de produits culturels polynésiens. Tous les amoureux de la culture polynésienne, d’ici et d’ailleurs, vont être heureux de disposer enfin d’une telle base de travail.

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3 questions à Fabien Dinard, Directeur du Conservatoire Artistique de Polynésie française.

Comment définirais-tu un pehe ?

Pehe signifie musique au sens large. Mais lorsque l’on parle de pehe traditionnels, il s’agit de phrases rythmiques répétitives. Elles peuvent être constituées de plusieurs temps (4, 7 , 8). Un pehe est joué avec les percussions traditionnelles : to’ere, tariparau, pahu et faa’tete. Cet art à part entière, dont dépend chaque pas de ori, donne aussi le ton de toutes les étapes d’un ensemble chorégraphique de danse traditionnelle : introduction, conclusion, solos, ‘otea, ‘aparima, etc.

Sur quel critère peut-on dire qu’un rythme est traditionnel ?

C’est assez difficile à dire, mais disons que tous les pehe ayant un nom précis reconnu par la profession peuvent être dits traditionnels. Bien souvent, on remarque d’ailleurs que les anciens pehe portent des noms de localités. Le pehe Bora Bora, le pehe Tautira : ce sont les groupes des districts qui les ont inventés et ils créaient alors la surprise pendant les Tiurai. Aujourd’hui, tout le monde peut reprendre ces pehe, ils n’ont jamais été « déposés » par leurs créateurs.

Aujourd’hui, les orchestres traditionnels continuent-ils à jouer les pehe traditionnels dans leur forme initiale ?

Pas exactement. Sur les 47 pehe que le Conservatoire a recensés, je dirais qu’une dizaine seulement sont régulièrement repris. Mais les musiciens les jouent « à leur sauce », mixent les temps, les inversent, etc., pour créer de nouveaux rythmes. Si cette évolution est naturelle et nécessaire, il reste néanmoins essentiel et urgent d’archiver tous les pehe traditionnels connus, pour en conserver toute l’authenticité et la mémoire.

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Liste des pehe les plus utilisés :

Les pehe simples : Ami, Marae, Pahae, Samba, Faaruru Puarata, Rere mahuta, Samba (Tahito), Vava (amaha)

Les pehe composés : Bora Bora, Bounty, Faahee, Hitoto, Otamu, Tikatika, Takoto, Ueue, Australie

Les pehe composés avec coup triple : Faatere, Hina, Hiro

Les pehe complets : Arapo, Hakapau, Manu, Nanue, Titau, Tiare Taporo

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www.hiroashop.com

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Hiro’a Shop est une toute nouvelle boutique en ligne exclusivement dédiée aux produits culturels Polynésiens. Plus de 200 références peuvent être commandées : CD, DVD, fichiers MP3 et aussi des livres, sont à votre disposition en quelques clics, et ce, où que vous soyez dans le monde… www.hiroashop.com est administré par l’Institut de la Communication Audiovisuelle de Polynésie Française (ICA). Ainsi l’ICA devient le premier établissement public polynésien proposant le paiement par carte de crédit en ligne. Créée en 1984, l’ICA est aujourd’hui la mémoire audiovisuelle de la Polynésie française avec un fonds riche d’environ 35 000 références composé de documentaires, de vidéogrammes institutionnels, de nombreuses émissions de télévision, de plusieurs centaines d’heures d’images consacrées à la Polynésie et propose plus de 2 000 documents audiovisuels sur son site www.ica.pf.

* L’orchestre du Conservatoire est dirigé par Roger TAAE et composé de : Wilfred HOTO, Tom et Moana URIMA, Noël TEPARII, Louis KAUTAI et Julien FAATAUIRA.

Le Conservatoire enseigne les percussions traditionnelles aux enfants à partir de 9 ans. La classe est dirigée par Hans FAATAUIRAA, spécialiste en la matière.

+ d’infos : www.conservatoire.pf – 50 14 14

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