« Je me suis trouvé »

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Philippe Aukara vient de terminer, avec les félicitations du jury, ses études de sculpteur au Centre des Métiers d’Art. Un parcours jalonné d’apprentissages et d’expériences dans lequel il s’est construit et épanoui, personnellement et professionnellement.

Pourquoi avoir choisit de faire le Centre des Métiers d’Art ?

Je travaillais comme magasinier pour une grosse société et parallèlement, je m’étais mis au tatouage. Ça me plaisait. J’ai eu envie de changer de voie, d’apprendre à connaître ma culture, son histoire, sa symbolique… C’est ça de quitter l’école trop tôt ! J’ai décidé de sauter le pas et de m’inscrire au Centre des Métiers d’Art, en sculpture.

Et après 3 ans d’étude, tu as le sentiment d’avoir trouver ta voie ?

Oui, vraiment. J’ai tellement appris sur la culture polynésienne, mais aussi plus largement du Pacifique. Je crois qu’avant d’entamer ces études, je me cherchais un peu. Au Centre des Métiers d’Art, en plus d’un savoir-faire, on apprend d’où l’on vient, ce qu’on fait nos ancêtres, l’héritage qu’ils nous ont laissé. Je crois pouvoir dire qu’au final, plus que ma « voie », je me suis trouvé.

Peux-tu nous expliquer le travail de fin d’année que tu as présenté au jury, pour obtenir ton diplôme de fin d’études ?

J’ai réalisé 3 tiki monumentaux, d’environ 2 mètres chacun, en bois de cocotier. L’idée était de montrer la diversité des techniques de sculpture et de « transformation ». Pour le premier, je me suis inspiré d’un tout petit tiki double de Moorea, je n’ai gardé que la forme de son visage, que je trouvais intéressante à travailler. Le second est une femme, je suis parti de la sculpture d’un bâton de pouvoir des Australes. Là encore, c’est l’originalité et la rareté de sa forme qui a retenu mon attention. Enfin, j’ai imaginé le 3ème tiki à partir d’une écope traditionnelle, qui m’a fait pensé à un visage. Le résultat est assez surprenant…

Ce qui te plait dans le travail de sculpteur ?

J’aime le côté physique de la sculpture, surtout lorsque je travaille des grosses pièces. Tailler une œuvre à partir d’un tronc d’arbre, imaginer le résultat fini à partir d’une masse informe… ou s’appliquer à graver un umete. La sculpture offre de multiples ouvertures, toutes très intéressantes ; que ce soit dans le côté technique ou artistique, décoratif ou pratique. Récemment, j’ai eu la chance de participer à la construction de la pirogue Upo’o de Clément Pito, c’était une nouvelle expérience très enrichissante.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je pars toujours des formes et motifs des objets anciens, que je transforme ensuite pour les rendre modernes. J’aime les formes épurées et simples, les contours francs, je ne charge pas mes sculptures. Il ne s’agit pas pour moi de faire de la copie, mais d’essayer de produire un artisanat ou un art polynésien contemporain, qui réponde aux problématiques actuelles.

Tu continues de tatouer ?

Oui. Ça m’équilibre ! Comme je disais, la sculpture permet de me « défouler » physiquement, alors que le tatouage demande plus de minutie, de précaution. Les études au Centre des Métiers d’Art m’ont permis d’enrichir mon répertoire de tatouages, d’en comprendre le sens.

Quelle est ta meilleure expérience au Centre des Métiers d’Art ?

En juin dernier, avec une équipe du Centre, nous avons été invités à Montréal, au Canada, pour le festival Amérindien, où nous avons fait découvrir un aperçu des savoir-faire polynésiens. C’était la première fois que je quittais Tahiti pour une si grande ville, c’était vraiment une belle expérience… On a pu rencontrer et échanger avec les populations indiennes, qui se battent pour préserver le « peu » de culture qu’il leur reste. A Tahiti, on a encore la chance d’avoir une culture bien vivante, il n’appartient qu’à nous de continuer à la cultiver.

Que représente la culture polynésienne pour toi ?

Je comprends réellement ce que signifie être « polynésien » depuis que j’ai fait le Centre des Métiers d’Art. Et la culture, d’après moi, c’est ta force, ce qui te donne envie d’avancer, de faire les choses pas comme tout le monde.

Y a-t-il des artistes locaux que tu apprécies particulièrement ?

Léon Taerea, pour son style unique et le sens de ses dessins. Jonathan Mancarelli, pour les interprétations modernes du patrimoine qu’il conçoit à partir de ses sculptures.

Aujourd’hui, que comptes-tu faire précisément ?

Je suis à l’atelier-relais du Centre. Je vais apprendre à être artisan à mon compte, créer des œuvres, expérimenter de nouvelles techniques, répondre à des commandes… Ça me rassure de ne pas être complètement lâché dans la nature, de pouvoir rester une année de plus au Centre. Parce qu’en 3 ans, on acquiert un savoir-faire mais pas à devenir indépendant !

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