Les préceptes de Tetuna’e

Tetuna’e, grand ari’i du 15ème siècle, est considéré comme le premier législateur tahitien. Il a créé un code décomposé en deux partie à destination des ari’i et de leur entourage, formant un total de 57 ture, préceptes. Des œuvres immatérielles empreintes de la sagesse polynésienne et du bon sens universel.

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Tetuna’e*
est le premier ari’i de la lignée des Teva à avoir ceint le maro’ura et le maro tea, les ceintures rouges et jaunes symboles de haute naissance et de toute puissance dans l’ancienne société polynésienne. Il aurait vécu entre 1450 et 1550. Son existence et son œuvre nous ont été transmises au travers de la tradition orale issue d’anciennes familles, relayée et conservée par écrit dans leurs puta tupuna**. Tetuna’e est l’auteur de lois qui étaient principalement destinées, à l’origine, à l’usage des ari’i, puis qui se sont mêlées au fil du temps à des préceptes d’inspiration chrétienne.

Te ture a Tetuna’e, II/ (5)

« Ia tura i te taata te aia, te metua i fanau ia outou. Ia hio te taatoa I to na moua o te tura te reira o te aia ».

« Vous devez honorer votre patrie, la mère qui vous a enfanté. Que chacun veille sur sa montagne, symbole sacré de la patrie ».

Voici à quoi ressemblent les paroles de Tetuna’e : avec respect et bon sens, il édicte les règles selon lesquelles les ari’i devraient gouverner et remplir leurs devoirs envers les hommes. « Un esprit sage et une âme pacifique sont les meilleures lances d’un ari’i », « Vénère tes frères, tes sœurs, ta famille. Ne les déshonore point. Le déshonneur est un mal rongeur et inguérissable », « Garde toi d’endommager le balancier*** », autant de maximes pour la plupart intemporelles sur lesquelles les dirigeants actuels pourraient encore s’appuyer !

Aujourd’hui, les conseils de Tetuna’e commencent tout juste à sortir de l’ombre. Le ministère de l’Eduction et de la Culture a souhaité les faire partager au public à l’occasion de Matari’i i ni’a****. Car il faut savoir que ce patrimoine, transmis oralement sur plusieurs générations avant d’être écrit au 19ème siècle par les descendants de Tetuna’e, leur appartient toujours. Maiarii Cadousteau avait édité certains ture dans une publication de la Société des Etudes Océaniennes*****, ainsi que Marau Taaroa, dans une publication de la Société des Océanistes******. Mais jamais dans leur intégralité et souvent avec des traductions incomplètes, la première en reo tahiti puis en français, la seconde uniquement en langue française, sans la version en reo Tahiti. Il s’agit probablement d’une volonté de garder cette œuvre dans la famille, comme le veut la tradition polynésienne de ne pas révéler à tous ce qui appartient au clan. Sacré et éminemment tapu, le mana contenu dans la parole pourrait être affecté en cas de transgression ! Etonnamment, un livret complet a été déposé par la famille Salmon, ascendante de Tetuna’e, aux archives du Bishop Museum de Hawaii. Vahi Sylvia Richaud, professeure de tahitien à l’Université de Polynésie, a fait un remarquable travail sur les « Codes des Lois », paru dans la collection Cahiers du Patrimoine [Histoire] publié par le ministère de la Culture*.

ENCADRE

Voici une petite sélection des ture de Tetuna’e, bien difficile à choisir tant chacune de ses maximes revêt un message intéressant !

Partie I (10) « Eloigne de ta maison les amuseurs frottés d’huile parfumée. Ils perdraient ton âme en t’enseignant la vanité propre aux hommes du commun. »

(11) « Il n’y aura dans ta maison ni jambes croisées, ni désir de se prélasser sur les couches moelleuses. L’oisiveté est le commencement de la déchéance. »

(18) « Le peuple est un enfant pleurnicheur, facile à calmer par la douceur, mais facile à irriter par de mauvais traitements. »

(29) « Ce que tu auras craché, tu ne pourras plus le ravaler ; le vent emporte et disperse les mots dans l’espace. »

* C’est ce même Tetuna’e qui donna le nom de Tahiti à l’île. Pour plus d’informations à ce sujet, voir Hiro’a n°12 (août 2008), rubrique Le saviez-vous ? : « D’où vient le nom Tahiti ? ».
** manuscrits familiaux sur l’histoire de la famille (généalogie, légendes, origines…)
*** Image pour évoquer les hommes qui « soutiennent » le ari’i et envers qui celui-ci a des responsabilités.
**** Voir le programme des festivités de Matari’i i ni’a Rubrique programme
***** MAI-ARII, Généalogies commentées des Arii des Iles de la Société, p. 21-22
****** Takau POMARE, 1971. Mémoires de Marau Taaroa, Paris, pp. 66-69 et p. 99-100
******* Cahiers du patrimoine n° 4, 2001

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