Au cœur de Hawaiki Nui Va’a

Rencontre avec Leilanie Sogliuzzo, chargé du projet Hawaiki Nui Va’a à Heiva Nui, et Fabrice Brulin, éditeur du magazine Va’a Tahiti.

La va’a, d’hier à aujourd’hui

Hawaiki nui Va‘a

A bord de leurs grandes pirogues à voile, les Polynésiens ont traversé l’immensité de l’océan Pacifique, quittant l’Asie du Sud-Est voici 3 000 ans pour couvrir et s’implanter progressivement dans le Triangle polynésien, qui regroupe la Polynésie française, la Nouvelle-Zélande, Hawaii et l’île de Pâques. Moyen de transport, de communication, de guerre et d’échanges, la pirogue polynésienne a traversé les océans et les âges. S’ils ne partent plus à la découverte des îles du Pacifique à leur bord, les Polynésiens continuent néanmoins de conquérir les océans avec leur va’a, pour faire rayonner ce qui est désormais un sport de compétition international. L’entraînement, la performance, mais aussi les enjeux financiers sont aujourd’hui au cœur des compétitions de va’a moderne, qui réclament une organisation et une logistique sans faille ! En témoigne la fameuse course Hawaiki Nui Va’a, qui fêtera cette année sa 17ème édition. Il s’agit, pour l’établissement Heiva Nui, de coordonner la venue de milliers de rameurs, de pirogues et de bateaux, ainsi que l’arrivée de centaines de spectateurs, le tout provenant des quatre coins de la Polynésie, du Pacifique et même du Monde… Un travail considérable dans lequel s’investissent l’ACOHV (Association Comité Organisateur de Hawaiki Nui Va’a) et la Fédération Tahitienne de Va’a. Voici un avant-goût du déroulement de la plus prestigieuse des courses de pirogues, « de l’intérieur », avec Leilanie Sogliuzzo, chargée du projet Hawaiki Nui à Heiva Nui.

L’Hawaiki Nui Va’a… côté terre

L’Hawaiki Nui Va’a ne se résume pas à une course de pirogues de haute-mer et de lagon. Du moins, pas pour Heiva Nui ! Pour cet évènement, l’établissement est chargé de gérer la logistique « terre » à Huahine, Raiatea, Tahaa et Bora Bora. Leilanie et son équipe organisent en effet pendant toute la durée de la course l’hébergement des rameurs et de leur staff, leur restauration, leur transport à terre, ainsi que les remises de prix des étapes. La principale difficulté ? « Le fait d’être dans les îles, car on ne peut pas tout avoir à disposition comme à Tahiti. Tout doit être réfléchi et prévu ! Il s’agit donc de bien définir ses besoins en amont, afin de ne manquer de rien pendant la course », explique Leilanie.

L’hébergement

« Cette partie du travail débute toujours par un repérage dans les îles à la fin du mois d’août. Nous rencontrons les maires des communes et les directeurs des écoles, afin de faire un état des lieux des établissements dans lesquels les équipes seront logées. Les conditions d’accueil sont-elles identiques à l’an dernier ? Les salles ont-elles été modifiées, agrandies, etc. ? Nous devons ajuster notre plan de travail en fonction de ces éventualités. Par exemple, si des douches ont été construites dans une école d’une année sur l’autre, ce n’est plus la peine pour Heiva Nui d’en envoyer 50, mais 49… Un détail qui a son importance, quand on sait que le poids du fret d’un bateau est calculé au kilo près ! »

Les repas

Préparer 3 repas par jour pour plus de 1 500 personnes pendant 4 jours et demi*, soit plus de 20 000 repas et autant d’ingrédients à anticiper… Rassurez-vous, Heiva Nui ne se transforme pas pour l’occasion en cantinier, mais l’établissement doit faire appel, sur chacune des 4 îles, à des prestataires qui seront chargés de réaliser l’ensemble des repas pour tous les rameurs. Et heureusement, pas question de se contenter de la facilité d’un steak-frites ! « Nous imposons des menus bien précis, élaborés par un diététicien en accord avec les besoins et l’équilibre que doivent respecter les sportifs », rassure Leilanie.

Les transports terrestres

Sur toutes les îles, le transport des rameurs doit être orchestré et planifié à la minute près. A Huahine, là où le départ de la course est donné, il y a ceux qui arrivent par avion et ceux qui arrivent par bateau. Mais attention, ils arrivent par « des » avions et « des » bateaux, soit autant d’horaires différents ! Leilanie doit préparer des plannings afin de les remettre, sur place, aux sociétés de transport qui feront la navette jusqu’aux sites d’hébergement. A Raiatea, Tahaa et Bora Bora, il faut également prévoir les transports de tous les rameurs depuis les sites de compétition jusqu’aux sites d’hébergement.

Les primes d’étapes

A chacune des étapes de la course, des primes sont décernées aux rameurs qui les remportent. Du 1er au 10ème, ils reçoivent des prix pouvant atteindre jusqu’à 200 000 Fcfp pour les vainqueurs. Afin de dynamiser ces remises de prix, Heiva Nui organise toujours une petite animation (musique, couronnes de fleurs, hôtesses, etc.).

Le travail d’une équipe

La réussite de toute cette logistique tient au formidable travail d’équipe qui est accompli avant et pendant l’Hawaiki Nui Va’a. Dans chaque île, Heiva Nui envoie un chargé de mission. Celui-ci est responsable, sur place, de l’organisation qui incombe à Heiva Nui. A Huahine, il s’agit de Noa Teiefitu, à Raiatea, Jean Torohia, à Tahaa, Yann Pihaatae et à Bora Bora, Alain Bisiaux. Pendant la course, Leilanie sera basée à Raiatea pour superviser l’ensemble de l’équipe et de l’organisation. Elle veillera à remplir son objectif, qui est « d’assurer le confort des rameurs pendant leur séjour. Je dois faire en sorte qu’ils dorment bien, qu’ils mangent bien et que le timing de leur transport soit respecté, afin qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes pendant la course ! » Ce dont on ne doute pas !

ENCADRE

Une logistique lourde…

A chaque édition de Hawaiki Nui Va’a, Heiva nui envoit dans les îles un certain nombre de matériel, affrété par le bateau Hawaiki Nui :

  • 2 500 matelas
  • 50 douches
  • 30 WC chimiques
  • 17 containers
  • 2 camions plateau
  • 1 groupe électrogène
  • 1 podium
  • des projecteurs
  • des barrières Heiva Nui
  • des oriflammes, plots, flotteurs

Va’a, le sport polynésien par excellence

Si certains pêcheurs utilisent encore le va’a dans sa version « traditionnelle », c’est-à-dire à des fins utilitaires (se déplacer, pêcher), de nos jours, le pirogue est surtout devenue un sport de compétition. En effet, la Fédération Tahitienne de Va’a compte actuellement plus de 5 000 licenciés et presque 200 clubs à travers les cinq archipels polynésiens. « Mais on estime à plus de 30 000 le nombre de sympathisants de la pirogue », affirme Fabrice Brulin, éditeur du magazine Va’a Tahiti.

Loin d’être un simple phénomène de mode, cet engouement pour la pirogue est l’expression d’une appartenance forte à la culture polynésienne. L’esprit communautaire offert par la pirogue, au-delà même du sport, la transmission des valeurs de l’effort, sont autant d’atouts qui font du va’a le sport polynésien par excellence. La pirogue symbolise pour certains le marae, ce lieu de culte ancestral polynésien, source du sacré qui par-delà les océans et le temps, transporte les valeurs de cette culture unique au monde.

L’Hawaiki Nui Va’a, « un héritage qui doit perdurer »

La plus célèbre course de pirogue polynésienne est sans conteste l’Hawaiki Nui Va’a, compétition inter-îles Sous-le-Vent, créée en 1992 par Edouard Maamaatuaiahutapu. « Nous avons reçu un bel héritage de nos ancêtres : le va’a. Un héritage dont nous sommes les garants de sa pérennité. Hawaiki Nui Va’a doit perdurer. »

Année après année, son rayonnement s’est même étendu à d’autres îles du Pacifique (Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie) ainsi qu’à d’autres continents (Europe, Amérique du Sud, etc.).

L’authenticité et la symbolique de la pirogue polynésienne ont su séduire des sportifs du monde entier, qui veulent désormais se mesurer à l’élite mondiale du va’a : les Polynésiens.

L’Hawaiki Nui Va’a 2008, c’est :

– Du 29 octobre au 31 octobre

– 1 course

– 4 îles (Huahine, Raiatea, Taha’a et Bora Bora)

– 3 étapes

– 129 kilomètres de course

– 4 catégories (seniors hommes, seniors dames, juniors hommes et vétérans)

– Environ 80 équipes, 1 500 rameurs**

– Des équipages Polynésiens, Hawaiiens, Néo-Zélandais, Français**…

– Plus de 8 millions de Fcfp de prix, toutes catégories confondues

Le saviez-vous ?

Hawaiki Nui Va’a est la course la plus endurante au monde à 6 rameurs, sans changement possible au sein d’une étape

Hawaiki Nui Va’a tire son nom de Hawaiki Nui, qui signifie littéralement la « Grande Hawaiki », Hawaiki désignant une île mythique, berceau de la civilisation polynésienne à partir de laquelle fut colonisé le reste du Triangle polynésien. On a coutume de considérer Raiatea comme étant cette île mythique.

Renseignements

– Comité organisateur de l’Hawaiki Nui Va’a

– Tel : 45 05 44

www.ftv.com
* Les rameurs arrivent un jour avant le début de la course.

** Ces données sont celles de 2007. A l’heure où nous mettons sous presse, le Comité organisateur de l’Hawaiki Nui Va’a n’avait pas clôturé les inscriptions.

Crédit photos : vaatahiti.com.

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